© 2019 Radio Perfecto | vie privée

SOCIAL DISTORTION (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO

25/02/2019

À cause d'un succès plus que tardif (en Europe à partir de l'album Somewhere Between Heaven And Hell, en 1992, avec aux États-Unis un net frémissement avec le disque précédent, Social Distortion —aussi appelé 'third album'— en 1990), beaucoup assimilent Social Distortion à la scéne néo punk californienne des mid-80's, aux côtés des Offspring et consorts, alors que le groupe fut en réalité formé en 1978.

 

Car oui, Social Distortion est en fait l'enfant illégitime des Sex Pistols et d'autres gentils déglingués british, mais auxquels le groupe a par la suite infusé une bonne dose de rock'n'roll originel, un petit je ne sais quoi de country & western à la Johnny Cash (dans la panoplie aussi, avec les chemises de cowboy déviant qui vont bien avec).

 

Le groupe partage avec ses lointains cousins d'outre-Atlantique un côté "do it yourself" flagrant et d'ailleurs l'origine même de son nom provient de là. En effet, Mike Ness s'essayait à la guitare, mais était particulièrement mauvais. Traduction : il cassait même les oreilles pourtant peu difficiles de ses trois potes de boucan. Casey Royer, le batteur, lui offre alors sa pédale de distorsion, pour camoufler un peu l'amateurisme forcené de son jeu, pédale qu'il avait affublé du sobriquet de "Social Distortion" et qui du jour au lendemain a été associée au son du groupe —et est donc devenu son patronyme par la même occasion.

 

La scène punk d'Orange County, dans le sud de la Californie, est à ce moment-là particulièrement vivace (avec notamment The Adolescents ou encore Agent Orange), inventant ce qui va rapidement devenir le hardcore punk. Mais Social Distortion reste quant à lui davantage dans le sillon des Anglais, en tout cas beaucoup plus que Minor Threat, Black Flag ou encore Youth Brigade, avec lesquels ils partagent souvent les affiches de soirées punk locales.

 

Les premiers mois d'existence de Social Distortion se passent dans des caves ou des garages, à répéter inlassablement. Leur premier concert ne sera donné qu'en 1979, après l'arrivée de Dennis Danelll, à la guitare rythmique, Danell qui avec Mike Ness restera (jusqu'à sa mort en février 2000, à l'âge seulement de 38 ans) le seul membre permanent du groupe, les sections rythmiques changeant assez régulièrement.

 

Les débuts sont donc assez laborieux et il faudra attendre 1982 pour que le groupe assure sa première tournée digne de ce nom, en compagnie de Youth Brigade (voir l'excellent rockumentaire Another State Of Mind) et 1983 pour la sortie de son premier album, le très brouillon (et particulièrement mal produit) Mommy's Little Monster, enregistré en une seule (et longue) session (par souci d'économie). 

 

Sur le moment, Mommy's Little Monster marque beaucoup plus les esprits, qu'aujourd'hui, et va même être une source d'inspiration avouée pour de nombreux groupes punk californiens en devenir, comme par exemple Rancid ou The Offspring.

 

Le groupe commence à percer, mais Mike Ness a de sérieux problèmes d'addictions, qui le conduisent à enchaîner les séjours en prison ou en cure de désintox, obligeant même Social Distortion à se mettre sur pause forcée en 85-86. Pause qui explique le laps de temps anormalement long entre le premier et le second album, Prison Bound, qui sort en 1988.

 

Le titre qui donne son nom à l'album passe sur les radios spécialisées, mais la popularité du groupe reste coincée dans le premier cercle des amateurs de bruit blanc, et ce même avec l'apport, dès ce second disque, de petites touches honty tonk et cowpunk, avec bien sûr des références directes à Johnny Cash dans au moins deux titres ("On My Nerves" et le déjà incontournable "Prison Bound"). 

 

Johnny Cash qu'on retrouve dès l'album suivant, Social Distortion, produit par le nouveau label du groupe (Epic) et non plus par le groupe lui-même, et où donc MIke Ness et les siens se fendent d'une reprise de "Ring Of Fire" particulièrement bien sentie. 

Pour le reste, le disque continue de mélanger un punk désormais un peu plus pop et ramassé avec du rockabilly pur premium, on y trouve aussi désormais quelques relents de blues et bien sûr de country blues.

 

L'album suivant, Somewhere Between Heaven & Hell, poursuit sur cette lancée et permet au groupe de s'exporter enfin, notamment grâce à deux singles particulièrement bien troussés, "When She Begins" et surtout "Back Luck"

 

Pas de bol, justement, la sortie de cet album de haute volée sera suivie d'un nouveau hiatus, qui vient freiner la percée du groupe, qui ne reprendra le chemin des studios que trois ans plus tard, pour l'album White Light, White Heat, White Trash (bien sûr un clin d'œil à l'album White Light/White Heat du Velvet Underground). 

 

Il s'agit du troisième (et dernier) album pour la major Epic, et d'un point de vue inspiration et sonorité, le disque revient à la pleine fougue des débuts, en remisant un peu au placard les accointances country, western, blues et rockabilly. Le ton se durcit aussi au niveau des paroles, plus politiques que précédemment, même si Mike Ness s'autorise aussi quelques digressions personnelles ("When The Angels Sing", qu'il définit comme une chanson hommage à sa grand-mère). 

 

Deux ans plus tard parait l'album Live At The Roxy, sur le propre label du groupe (Time Bomb). Il s'agit du dernier album avec Dennis Danell, qui décède en 2000, et le disque témoigne de l'énergie assez incroyable développée par le groupe, sur scène, lors de sa tournée pour la promotion de White Light, White Heat, White Trash, proposant une reprise survitaminée du "Under My Thumb" des Stones ou encore des versions longues et coup-de-boulesques de titres comme "Ball And Chain", "Story Of My Life" ou encore "Prison Bound" qui, toutes, dépassent les six minutes.

 

Fin des 90's, Mike Ness sort deux albums solo où il repart dans la direction opposée de celle de son groupe, à savoir un virage à 180 degrés vers des horizons country, blues et même un peu folk. Sur le premier album (Cheating At Solitaire), il reprend Hank Williams, Bob Dylan et invite des gens comme Brian Setzer ou Bruce Springsteen à se joindre à la fiesta et le disque est tellement acclamé que pour le suivant il propose uniquement des reprises, dans une optique encore plus roots (avec même des accents bluegrass par moments). 

Suite au décès de Danell, des rumeurs persistantes annoncent une nouvelle pause du groupe, voire carrément un split définitif. Pourtant, Johnny Wickersham (ex-U.S. Bombs et Youth Brigade) le remplace à la guitare rythmique et le groupe assure quelques concerts, ici et là, surtout en Californie et principalement au moment de changer de millésime, et ce trois années consécutives. 

 

Par contre, pour ce qui d'un nouvel album, il faudra encore quelques années, jusqu'en 2004 et la parution de Sex, Love and Rock'n'Roll, un album qui, s'il nous redonne le sourire, est aussi peu inspiré que son titre l'indique. Le savoir-faire est là, les chansons sont efficaces, mais le groupe a perdu de son âme. En témoigne peut-être le fait que, pour la première fois depuis 1990, Mike Ness n'écrit pas l'intégralité des morceaux, épaulé par Wickersham sur trois d'entre eux.

 

Le groupe reprend la route, épisodiquement, le cœur ne semble plus y être trop non plus. Certaines dates sont même annulées et tout semble devenir de plus en plus laborieux. Un nouvel album est annoncé pour 2007 et le groupe semble y travailler dès l'année précédente (la première annonce de Ness évoque un axe Dylan-Springsteen-Cash acoustique mais avec une morgue punk). Il ne sortira finalement qu'en 2011, après une longue série d'annonces et contre-annonces.

 

Sorti sur Epitaph, Hard Times and Nursery Rhymes revient finalement à l'équilibre très précaire de Somewhere Between Heaven and Hell, poussant le mimétisme jusqu'à y ajouter comme pour son illustre grand frère, une reprise d'un classique de la country, ici "Alone and Forsaken" d'Hank Williams. Le monde dépeint dans l'album redevient par ailleurs beaucoup moins personnel pour Mike Ness qui fait revenir son cortège de personnages poissards et de femmes fortes (et/ou fatales), le tout embarqué dans les bagnoles les plus cools qu'on puisse imaginer. 

 

Quand au moment de la sortie de Hard Times and Nursery Rhymes il est demandé à Mike Ness si d'autres albums pour Epitaph sont prévus, il répond sans hésitation que "oui, bien sûr !". Mais c'était en 2011 et les vingt nouvelles chansons a priori mises en boite depuis 2017 n'ont toujours pas été relâchées. 

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

LA SÉLECTION DU GOOF   :

  1. Social Distortion « Cold Feelings » (Somewhere Between Heaven And Hell, 1992)

  2. Social Distortion « Ball And Chain » (Social Distortion, 1990)

  3. Social Distortion « Prison Bound » (Prison Bound, 1988)

  4. Social Distortion « California (Hustle And Flow) » (Hard Times And Nursery Rhymes, 2011)

  5. Social Distortion « Don't Drag Me Down » (White Light, White Heat, White Trash, 1996)

  6. Social Distortion « When She Begins » (Somewhere Between Heaven And Hell, 1992)

  7. Social Distortion « Reach For The Sky » (Sex, Love And Rock'n'Roll, 2004)

  8. Social Distortion « When Angels Sing » (White Light, White Heat, White Trash, 1996)

  9. Social Distortion « Ring Of Fire » (Social Distortion, 1990)

  10. Social Distortion « Born To Lose » (Somewhere Between Heaven And Hell, 1992)

 

Déjà paru :

Alarm (The) (Declaration, 1984) Alice Cooper part 1 — Alice Cooper part 2 — Alice Cooper part 3 — Alice Cooper part 4 — Alice Cooper part 5 — Alice Cooper part 6Alice Cooper part 7 Alice Cooper part 8Alice Cooper part 9Armageddon ("Armageddon", 1975) Asherton (Johan) ;

Bad Company ("Bad Co", 1974) Balaam And The Angel BangBig Country ("The Crossing", 1983) — Blackfire — Black Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) — Butler (John) Trio ("Sunrise Over Sea", 2004) — Buzzcocks ;

CactusCaptain BeyondCars (The) ("The Cars", 1978)Cars (The) ("Candy O", 1979) —  Cars (The) ("Panorama", 1980) — Chameleons (The) — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977) — Church (The) ("The Blurred Crusade", 1982) — Churchills (The) ("Churchill's", 1968) — Churls (The) — Cousins (Dave) ("Two Weeks Last Summer", 1972) — Cowboy Nation ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The) — Dramarama ("Cinéma Vérité", 1985) — Dream Syndicate (The) ("The Days Of Wine And Roses", 1982) — Dubrovniks (The) — Dust

El Khatib (Hanni)

Fat ("Fat", 1970) FFSFleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) — Grant Lee Buffalo ("Fuzzy", 1993) — Greatest Show On Earth (The) — Green On Red ("Here Come The Snakes", 1988) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail RidersHearts And Minds ("Hearts And Minds", 1990) — Hendrix (Jimi) ("Voodoo Soup", 1995, part One)Hendrix (Jimi) ("Voodoo Soup", 1995, part Two) — Hold Steady (The) ("Boys And Girls In America", 2006) — Hoodoo Gurus ;

Jo Jo Gunne ;

Kak (Kak, 1969) — Kings Of Leon ("Youth & Young Manhood", 2003) ;

Langhorne Slim "Be Set Free", 2009)Last Barons — Led Zeppelin Part 1Led Zeppelin Part 2 — Led Zeppelin Part 3  Little Bob ("Lost Territories", 1993) London Cowboys — Lords Of The New Church (The) ("The Lords Of The New Church, 1982)Lucifer's Friend ("Lucifer's Friend", 1970) — Lyres ;

Malin (Jesse)  — Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Mathe (Patrick) — McFadden (Eric)Midnight Oil part 1Midnight Oil part 2 — Midnight Oil part 3 — Midnight Oil part 4Modern Lovers (The) ("The Modern Lovers", 1976) — Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994) — Mumford And Sons ("Sigh No More", 2009) — Murphy (Elliott) ("Selling The Gold", 1995)

New York Dolls ("New York Dolls", 1973) ;

101'ers (The) — O'Neill (Jimme) ("Real", 2008)

Patto ("Patto", 1970) — Peer Günt — Petty (Tom) ("The Last DJ", 2006)Pink Fairies — Presidents Of The United States Of America (The) — Primevals (The) ("Sound Hole", 1986) ;

Quill ("Quill", 1970)

Rainmakers (The) "Skin" (1996)Ramones ("Mondo Bizarro") — Rave-Ups (The) Reed (Lou) — Replacements (The) ("Let It Be", 1984) — Ronson (Mick) — Russell (Calvin) ("Sounds From The Fourth World", 1991) ;

Sam Gopal ("Escalator", 1969)Satriani (Joe) 80's part 1 Satriani (Joe) 80's part 2Satriani (Joe) 80's part 3 — Scott (Mike) ("Bring 'Em All In", 1995)Senseless Things — Sheriff (Les)Sixteen Horsepower — Smithereens (The)Soul Aylum ("Let Your Dim Light Shine", 1995) — Spedding (Chris) — Springsteen (Bruce) (The Ghost Of Tom Joad, 1995) ; 

Taylor (Roger) (1/2)Taylor (Roger) (2/2) — The The ("Soul Mining", 1983) Tolman (Russ)

Uncle Tupelo ("No Depression", 1990) Unforgiven (The) ("The Unforgiven", 1986) ;

Variations (Nador, 1969) — Violent Femmes ("Violent Femmes", 1983)  Violent Femmes ("Hallowed Ground", 1984) — Violent Femmes ("The Blind Leading The Naked", 1986) ; 

Waterboys (The) ("The Waterboys", 1983)Waterboys (The) ("A Pagan Place", 1984) — Waterboys (The) ("This Is The Sea", 1985) — Westerberg (Paul) (Eventually, 1996) — Wild Turkey — Workman (Hawksley) ("Treeful Of Starling", 2006) ;

X ("Los Angeles", 1980) ;

Zappa (Frank) part 1 Zappa (Frank) part 2 Zappa (Frank) part 3 Zappa (Frank) part 4 — Zappa (Frank) part 5 Zappa (Frank) part 6 

 

Partager sur Facebook
Partager sur Twitter
Please reload

Posts à l'affiche

VIETNAM "VIETNAM" (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO

03/03/2019

1/10
Please reload

Posts Récents