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JIMI HENDRIX "VOODOO SOUP" PART 2 (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO

08/02/2019

« À n’en pas douter, ce sera l’année Hendrix. » Un refrain qu'on a entendu pas loin de cinquante fois, pour autant d'années, quasiment, depuis sa disparition, si jeune… trop jeune, beaucoup trop jeune. Ainsi cela fait presque un demi siècle qu'il reste encore et toujours quelques trésors à exhumer dans l’incroyable richesse du patrimoine de l’enfant vaudou, comme ici l'une des toutes premières compilations posthumes dignes de ce nom, Voodoo Soup, parue en 1995, jamais rééditée, et ornée par ailleurs d'une magnifique illustration de couverture signée Mœbius.

 

Part 1 ——> par ici !

 

VOODOO STYLE

 

En matière de guitare, il y eut l’avant-Hendrix et l’après-Hendrix. Jimi et son instrument ne faisaient qu’un, le manche prolongeant son bras, ses mains gigantesques tenant le gouvernail de son existence et ses dents lui permettant même de s’accorder avec lui-même quelques rectifications de dernière minute, qu’un peu d’essence et un briquet pouvaient alimenter en cas de pénurie d’énergie. Sa musique est une incantation dans laquelle on retrouve chaque trait de sa personnalité, une incantation d’autant plus forte qu’il est mort jeune, sans avoir eu le temps de se compromettre.

 

Voodoo Soup est une compile quatorze titres dont la plupart sont ceux sur lesquels travaillait Jimi avant de disparaître. On y retrouve son élan, sa force de caractère et son ardent désir de creuser toujours davantage pour ramener de son univers sonore à lui et rien qu'à lui des harmonies sensiblement différentes et des idées incroyablement novatrices.

 

Cette musique qu’il avait faite sienne conserve ici toute son intensité, même si l’ensemble est très éclectique. À noter au passage l’excellent travail de remixage et de remasterisation d’Alan Douglas. Sept morceaux sont extraits de Cry Of Love (« Belly Button Window », « Freedom », « Angel », « Night Bird Flying », « Drifting », « Ezy Ryder » et « In From the Storm »), deux de Rainbow Bridge (« Roomfull of Mirrors » et « Pall Gap » et deux de War Heroes (« Stepping Stone » et « Midnight »). Jusque-là, rien que du tout-bon multidirectionnel qui, ceci dit, ne s’égare pas en quelque terrain miné, terminé, déterminé ou auto-déterminé.

 

Il faut préciser que les années 69 et 70 étaient assez pénibles pour le Voodoo Chile. Il avait changé quatre fois de groupes (Experience, Band of Gypsys, Gypsy Sun & Rainbows et A Band of Gypsys). Et il ne savait plus trop quelle direction prendre, tant il était tiraillé par une urgence créatrice de plus en plus impérieuse. Ces changements perpétuels l’amenaient à enregistrer un peu partout des bribes de morceaux.

 

VOODOO TRIP

 

Jimi avait pris un aller simple pour un voyage musical en constante évolution et ne savait pas où celui-ci allait pouvoir le déposer, ni même s’il l’amènerait à quelque terminus qui le satisfasse un jour ou l’autre. On sent cette peur du néant dans ces dernières compositions, à travers un magma de notes indisciplinées et de rythmes concassés.

 

Il faut dire qu’à cette époque, on lui reprochait beaucoup de choses, notamment de laisser un peu de côté l’aspect théâtral de son personnage (fini les guitares cassées ou enflammées sur scène) au profit d’un simple étalage de virtuosité qui suscita beaucoup de jalousies. Cela provoqua en lui une sorte de repli sur soi progressif, surmultiplié, par un ruineux procès avec sa maison de disques le contraignant à tourner sans cesse pour pouvoir payer son studio, le Electric Ladyland, ainsi que la déception de ne pas réussir à reformer son groupe Experience.

 

L’énergie surhumaine qu’il déploya durant l’année 70 (jusqu’à la fatidique date du 18 septembre) se traduisait également sur scène, puisque aux dires des chanceux qui purent le voir sur les planches au printemps 70, ces concerts furent incontestablement parmi les meilleurs qu’il donna.

 

Cette boulimie se remarquait tout autant en studio où, comme le confirmèrent plus tard ses différents ingénieurs du son, Jimi était capable de travailler cinq jours sans pratiquement dormir, de remixer un morceau trois cents fois de suite, en y passant la semaine complète de travail si nécessaire. 

 

Pas étonnant donc que traînent des versions différentes de certains de ces titres, comme ces deux superbes échantillons présents sur Voodoo Soup que sont « Message To Love » et « Peace in Mississippi », dont les enregistrements initiaux sont disponibles sur Crash Landing, un très bon album posthume sorti en 1975.

 

 

VOODOO MESSAGE

 

« Message to Love » fut enregistré au Record Plant le 20 janvier 1970 (en même temps que « Earth Blues »), avec Buddy Miles à la batterie et Billy Cox à la basse, mais également Emeretta Marks et Jenny Dean aux chœurs (quelques « Oohh ! Yeah ! » de bon augure). Pour la petite histoire, sachez que le riff de base du morceau découle en réalité d’un solo joué sur le titre « Spanish Castle Magic » à l’Albert Hall en février 69, puis retravaillé plusieurs fois avant de devenir la première mouture du « Message To Love » qui avait ouvert le show de Jimi à Woodstock. 

 

Pour ce qui est de « Peace In Mississippi », la session remonte à un enregistrement du Jimi Hendrix’s Experience au TTG Studio d’Hollywood, en octobre 68, avec donc Mitch Mitchell à la batterie et Noel Redding à la basse. Époustouflant, voilà le premier mot qui assaillit l’esprit à l’écoute de cette version inédite, avec ses notes entremêlées dans un imbroglio sonore à la fois d’une complexité arachnéenne et d’une simplicité toute évidente.

 

« The New Rising Sun », seul véritable inédit présent sur Voodoo Soup, est également issu des sessions du TTG Studio d’octobre 68. Chose rare, Jimi y joue à la fois la guitare et la section basse/batterie. Ce court paysage sonore était en fait l’esquisse d’un nouveau concept qui devait être le digne successeur de l’album Electric Ladyland.

 

C’est la période durant laquelle Jimi avait apposé à sa Strat un manche en érable, sa période de « guitare à manche léger ». En fait, ce manche en érable était son Excalibur, cette épée qu’il avait retirée du rocher sacré et qui devait le guider dans sa quête du Rising Sun, son Graal personnel.

 

Le projet changea ensuite de nom (ce fut pendant un temps « The First Ray of the New Rising Sun »), mais conserva la même orientation métaphorique, à grands renforts de déclarations utopiques concernant le futur bienfait salvateur du nouveau soleil sur les générations à venir. Jimi Hendrix marchait là sur les traces du « Soleil de Jupiter » cher à Arthur C. Clarke (cf « 2010, Odyssée 2 ») puisque lui aussi pensait que la planète gazeuse Jupiter allait s’enflammer d’un jour à l’autre, se transformer en second Soleil, et ainsi rendre Mars habitable, ce qui procurerait aux êtres humains d’inépuisables ressources.

 

Pour en revenir à la musique elle-même, on remarque sur « The New Rising Sun » un très novateur effet de gazouillis dû à un filtrage, soit avec un appareil UniVibe, soit avec un haut-parleur Leslie rotatif. L’UniVibe n’ayant été commercialisé que vers la fin de l’année 69, plusieurs hypothèses co-existent. Soit Jimi a pu essayer un prototype de l’UniVibe, soit il a passé la bande enregistrée au TTG dans l’UniVibe d’un autre studio après la commercialisation de celui-ci. Ou tout simplement la bande master a-t-elle été rangée par erreur dans le stock des titres enregistrés au TTG. Un mystère de plus qui repose avec son créateur…

 

Pour en terminer avec Voodoo Soup, signalons la superbe couverture de Moebius (le célèbre portrait de Jimi mangeant de la nourriture spatiale) et le très luxueux booklet de vingt-quatre pages comprenant une intéressante biographie signée Michael Fairchild et une vingtaine de photos pour la plupart inédites.

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF   :

  1. Jimi Hendrix « Angel » (Voodoo Soup, 1995)

  2. Jimi Hendrix « Room Full Of Mirrors » (Voodoo Soup, 1995)

  3. Jimi Hendrix « Midnight » (Voodoo Soup, 1995)

  4. Jimi Hendrix « Night Bird Flying » (Voodoo Soup, 1995)

  5. Jimi Hendrix « Drifting » (Voodoo Soup, 1995)

  6. Jimi Hendrix « Ezy Ryder » (Voodoo Soup, 1995)

  7. Jimi Hendrix « Pali Gap » (Voodoo Soup, 1995)

  8. Jimi Hendrix « Message To Love » (Voodoo Soup, 1995)

  9. Jimi Hendrix « Peace In Mississippi » (Voodoo Soup, 1995)

  10. Jimi Hendrix « In From The Storm » (Voodoo Soup, 1995)

 

Déjà paru :

Alarm (The) (Declaration, 1984) Alice Cooper part 1 — Alice Cooper part 2 — Alice Cooper part 3 — Alice Cooper part 4 — Alice Cooper part 5 — Alice Cooper part 6Alice Cooper part 7 Alice Cooper part 8Alice Cooper part 9Armageddon ("Armageddon", 1975) Asherton (Johan) ;

Bad Company ("Bad Co", 1974) Balaam And The Angel BangBig Country ("The Crossing", 1983) — Blackfire — Black Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) — Butler (John) Trio ("Sunrise Over Sea", 2004) — Buzzcocks ;

CactusCaptain BeyondCars (The) ("The Cars", 1978) — Chameleons (The) — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977) — Church (The) ("The Blurred Crusade", 1982) — Cousins (Dave) ("Two Weeks Last Summer", 1972) — Cowboy Nation ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The) — Dubrovniks (The) — Dust

El Khatib (Hanni)

Fat ("Fat", 1970) FFSFleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) — Grant Lee Buffalo ("Fuzzy", 1993) — Greatest Show On Earth (The) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail RidersHearts And Minds ("Hearts And Minds", 1990) Hoodoo Gurus ;

Jo Jo Gunne ;

Kak (Kak, 1969) ;

Langhorne Slim "Be Set Free", 2009)Last Barons — Led Zeppelin Part 1Led Zeppelin Part 2 — Led Zeppelin Part 3  Little Bob ("Lost Territories", 1993) London Cowboys — Lords Of The New Church (The) ("The Lords Of The New Church, 1982) — Lyres ;

Malin (Jesse)  — Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Mathe (Patrick) — McFadden (Eric)Midnight Oil part 1Midnight Oil part 2 — Midnight Oil part 3 — Midnight Oil part 4  Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994) — Mumford And Sons ("Sigh No More", 2009) — Murphy (Elliott) ("Selling The Gold", 1995)

New York Dolls ("New York Dolls", 1973) ;

101'ers (The)

Patto ("Patto", 1970) — Peer Günt — Petty (Tom) ("The Last DJ", 2006)Pink Fairies — Presidents Of The United States Of America (The) ;

Quill ("Quill", 1970)

Rainmakers (The) "Skin" (1996)Ramones ("Mondo Bizarro") — Rave-Ups (The) Reed (Lou) — Replacements (The) ("Let It Be", 1984) ;

Sam Gopal ("Escalator", 1969)Satriani (Joe) 80's part 1 Satriani (Joe) 80's part 2Satriani (Joe) 80's part 3 — Scott (Mike) ("Bring 'Em All In", 1995)Senseless Things — Sheriff (Les)Sixteen Horsepower — Smithereens (The)Soul Aylum ("Let Your Dim Light Shine", 1995) — Spedding (Chris) — Springsteen (Bruce) (The Ghost Of Tom Joad, 1995) ; 

Taylor (Roger) (1/2)Taylor (Roger) (2/2) — The The ("Soul Mining", 1983) Tolman (Russ)

Uncle Tupelo ("No Depression", 1990) Unforgiven (The) ("The Unforgiven", 1986) ;

Variations (Nador, 1969) — Violent Femmes ("Violent Femmes", 1983)  Violent Femmes ("Hallowed Ground", 1984) — Violent Femmes ("The Blind Leading The Naked", 1986) ; 

Waterboys (The) ("The Waterboys", 1983)Waterboys (The) ("A Pagan Place", 1984) — Waterboys (The) ("This Is The Sea", 1985) — Westerberg (Paul) (Eventually, 1996) — Wild Turkey — Workman (Hawksley) ("Treeful Of Starling", 2006) ;

X ("Los Angeles", 1980) ;

Zappa (Frank) part 1 Zappa (Frank) part 2 Zappa (Frank) part 3 Zappa (Frank) part 4 — Zappa (Frank) part 5 Zappa (Frank) part 6 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

Surprises !…

 

À suivre (par ordre alphabétique, mais dans le désordre d'arrivée —et entre autres) ces prochaines semaines (et mois !!!) :

Adam & The Ants, The Angels (AUS), Art, Atomic Rooster…

Be-Bop Deluxe, Big Country, Blue Cheer, BoDeans, Brodie (Dan), Buffalo, Bull Angus…

The Cars, Cave (Nick), The Celibate Rifles, The Churchills, Concrete Blonde, The Cramps…

Dictators, Died Pretty, Dirty Ray, DMZ, Dramarama…

54.40, Fixed Up, Free, Freedom, Frijid Pink…

Georgia Satellites, Golden Smog, Grand Funk Railroad, Granicus, Grant-Lee Buffalo, Green On Red, Guadalcanal Diary, Gun (60's)…

Hanoi Rocks, Harvey (Alex), Hawkwind, Hell's Kitchen, Hiatt (John), High Tide, The Hitmen, Hooters, Husker Du…

Idle Race, Immaculate Fools…

The Jam, Jason & The Scorchers, Jellybread, Jeronimo, Jesus Volt, The J. Geils Band, The Johnnys, Josefus, Juicy Lucy… 

Kashmir (Danemark), Kid Pharaon…

Louie & The Lovers…

Masters Apprentices, McMurty (James), Modern Lovers, Mother Superior, The Move, Mungo Jerry, Music Machine…

Omar & The Howlers, The Only Ones…

The Primevals, Prince, The Proclaimers…

The Rainmakers, Todd Rundgren…

Sharks, Shoulders, Silencers, Slade, Smack, Steamhammer, Stems, Stewart (Rod), Stray…

Television, Tempest, Ten Years After, Les Thugs, T.I.M.E, Titanic, Toe Fat, T2, Tucky Buzzard, TV Smith…

UFO…

The Wallflowers, Webb Wilder, Wire Train, Steve Wynn…

The Yayhoos, Young (Neil)…

 

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