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LAST BARONS (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO

29/01/2019

On ne va pas vous ressortir le couplet du « moule qui est cassé », des « comme ça, on n’en fait plus », car du temps de leur superbe et détonnant doublé discographique, Last Barons était la plus vivace preuve du contraire qui soit, mais force est de constater que cela faisait bien longtemps qu’un groupe français « qui rocke » —à une époque (le début des années 2010) du presque tout folk revivaliste, par ailleurs— ne nous avait autant enthousiasmé.

 

Malheureusement, le heavy stoner psych (et encore, appellation d'origine incontrôlée ne couvrant pas même l'intégralité du spectre musical en présence) magnifiquement alambiqué de ce dernier bastion gaulois, n'aura pas fait long feu, le groupe se séparant en deux, avec d'un côté Fogwax et de l'autre 9MW aka Nine Million Witches, les deux restant toutefois du côté plombé de la force, mais avec une approche plus pop du côté des frangins Landeau, la paire d'artificiers bicéphale de 9MW, remarquée sur de nombreuses scènes, dont la Boule Noire. 

 

Mais ne gâchons pas votre plaisir de découvrir cette bande d'azimutés du rythme pachydermique et du concassage sonique et rendons-leur l'hommage qu'ils méritent, fut-il posthume, avec cet extrait d'un entretien particulièrement enthousiaste, réalisé au moment de la sortie de leur premier album, Elephantyasis, en 2010.

 

À noter que le second, Cheval De Troie, deux ans plus tard, était encore plus maîtrisé et inspiré, ce qui en ajoute à notre déception de voir le groupe exploser un peu en plein vol, et avant même son décollage mérité. 

 

Si vous êtes les derniers barons, quels étaient les précédents ?

C'est une façon de défendre une certaine idée de la musique à un tournant important de son histoire. On se sent plus proche d'avant, quand la musique n'était pas un simple produit marketing, quand on avait affaire à de vrais créateurs, que du présent où tout est dématérialisé, partagé et où même les gens de milieu pensent avant tout au pognon sans prendre de risques. Et l’on n’est certainement pas les seuls ! Finalement, toi avec ta collection de vinyls, t'es aussi un Last Barons !!

 

En France, on a toujours eu comme un complexe d'infériorité pour tout ce qui concerne le « rock qui fait du bruit ». Pourtant, aujourd'hui, bon nombre de formations ont le « niveau international », mais c'est du côté des maisons de disques, des tourneurs, etc., que ça ne suit pas. Comment analysez-vous la situation, de l'intérieur ?

Oui, on est assez d'accord avec toi. On a longtemps attendu du soutien ou des accompagnements extérieurs qui ne sont jamais vraiment venus. Du coup, on a fini par se réveiller et par comprendre qu'aujourd'hui (sauf si tu fais de la variet', et encore...), c'est à l'artiste de s'auto-manager, de se prendre en main à la base. On a donc monté notre propre label, puis on a trouvé une distribution, une attachée de presse, etc. Une autre chose très importante aussi et qui contribue à palier à ce manque d'investissement des labels, c'est l'entraide entre groupes soit pour le tour (par exemple nos amis italiens de Doctor Cyclops) soit pour le disque (le groupe Noïd avec qui on a monté le label), en échangeant adresses, plans et compagnie. Au final, on se dit que c'est certainement plus difficile aujourd'hui de percer, question d'époque et aussi de lieu, mais d'un autre côté ça nous garantit une plus grande liberté. C'est juste la façon de faire les choses qui a évolué, les médias, la façon dont la musique se distribue, notamment via internet par où passe probablement le futur de la musique. Après, même si on est conscient de la manière dont ça évolue, on trouve dommage que les maisons de disques ne prennent pas la peine d'aller chercher plus de bons groupes qui le méritent sous doute davantage que la plupart de ceux qu'on entend toute la journée… c'est certainement dû à une question de culture dans notre pays, l'éternel débat en France ! 

 

Quand quelqu'un qui n'a jamais entendu parler de vous, comme sans doute la majorité de nos lecteurs jusqu'à présent, vous demande ce que vous jouez comme musique, que répondez-vous ?

On ne sait jamais trop quoi répondre à ça. Si on prend la définition littérale du terme, ce qui nous correspondrait le plus c'est « rock fusion » de par les couleurs diverses que prennent nos morceaux. Même si ce terme-là nous gêne un peu, parce que tout de suite tu penses à des groupes comme les Red Hot, Living Colour… On écoute tous des choses assez variées et forcément ça se ressent dans notre musique. Le cinéma, passion commune du groupe, est aussi une grande source d'inspiration… A fortiori, on imagine que certaines ambiances du disque viennent de notre amour du cinéma. Ce n'est pas volontaire, mais on ne peut pas s'empêcher d'instaurer des climats ou des ambiances et c'est probablement lié à tout ça. Ceci dit, beaucoup de gens nous qualifient de stoner, on n’est pas vraiment d'accord avec cette appellation, même si ça fait partie de nos influences. C'est devenu un peu à la mode ces temps-ci d'appeler tout et n'importe quoi du stoner.

 

Une fois encore pour qu'on puisse mieux vous situer, de quels autres groupes vous sentez-vous proche ?

Ce serait avant tout Faith no More pour leur éclectisme et leur envie de surprendre de morceaux en morceaux et de disques en disques. Après, on cite souvent Alice in Chains et Queens of the Stone Age dans nos influences principales (parce qu'on nous le demande !) même si on fait tout pour ne pas les singer et nous créer notre propre identité. Sinon en France, dans un registre différent, on considère Gojira un peu comme des exemples. Ce sont des mecs intègres, simples, qui délivrent une musique de qualité elle aussi pleine d'ambiances. On se sent proches d'eux dans la mesure où l’on est comme eux un peu excentrés, perdus dans notre campagne, mais surtout parce que niveau rock c'est le seul groupe qui arrive à s'exporter et à marcher. 

 

Parlez-vous de l'enregistrement : le disque sonne vraiment très bien, et je vois que vous l'avez enregistré vous-même au « Castle », kezako ?

Le « Castle » est le petit nom qu'on donne à la maison du groupe, là où on vit, répète et enregistre. On a donc enregistré l'album ici avec les moyens du bord, entre nous. On l'a ensuite fait mixé à Paris au studio Sainte Marthe par Francis Caste qui nous avait bluffé sur le son du premier album de Bukowski

 

L'album s'appelle Elephantyasis. Il s'agit d'une maladie dont le symptôme principal est l'augmentation du volume d'une partie du corps du malade. Cette maladie existe depuis l'antiquité au moins, mais les savants estiment qu'elle pourrait être complètement éradiquée d'ici 2020. Bon, voilà, ça n'est pas vraiment une question, mais, vu tout ça, pourquoi ce titre ?? Pour dire que la contagion Last Barons est proche ???

On a depuis quelques années ce visuel basé sur un homme à tête d'éléphant qui nous suit. La première raison était la sonorité du mot, qu'on aimait bien et qui découlait un peu du visuel. Tout comme le nom du groupe, le titre de l'album est lié au fait qu'on aime bien les gens différents et à part, un peu comme John Merrick [ndr : le « vrai » Elephant Man mis en images par David Lynch] et l’on se sent quelque peu inclus là-dedans. Ne serait-ce que par le regard des gens ici, dans notre campagne normande, quand tu leur dis que tu veux monter un groupe et en vivre. On pourrait se sentir comme malades. Et à l'époque de l'enregistrement, on vivait limite en ermites dans notre baraque, on avait moins de relations qu'aujourd'hui avec d'autres groupes ou personnes… d'où le décalage encore plus brusque avec le monde. C'était un peu notre état d'esprit du moment, quoi. Concernant le truc de la contagion, c'était une blague qui tournait entre nous, oui  ! On disait qu'on allait « éléphantyasiser » l'auditeur, l'emmener dans notre délire.

 

J'ai l'impression que la recherche du gimmick qui tue est une obsession pour le groupe, plus peut-être que la commune et sempiternelle quête du riff hi-fi des plus belles plantes rock. Cela explique-t-il le penchant du groupe pour tout ce qui a attrait au psychédélisme, qui demeure quand même l'un des sous-genres musicaux les plus inventifs qui soient ??

Je pense que ça tient à notre volonté de nous créer notre propre identité, d'essayer d'apporter quelque chose de nouveau et d'intéressant. Faire une chanson en quatre accords et qui dure deux minutes, on ne sait pas faire ! On ne dénigre pas. C'est juste qu'on ne sait pas le faire.  C'est vrai qu'au niveau de la composition, si on trouve qu'une de nos chansons n'a pas ce petit truc ou gimmick en plus, on ne la garde pas. Ensuite, ça ne veut pas dire qu'on base tout dessus non plus, on peut faire une grosse bouse dotée d'un super riff hyper original. On essaie d'être inventif. En ce sens, on pourrait se rapprocher d'un certain psychédélisme…

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

LA SÉLECTION DU GOOF   :

  1. Last Barons « Guru’s Rules » (Elephantyasis, 2010)

  2. Last Barons « Going To Varzi » (Cheval De Troie, 2012)

  3. Last Barons « Fathernature » (Elephantyasis, 2010)

  4. Last Barons « A Last Devotchka » (Cheval De Troie, 2012)

  5. Last Barons « Nomad Soul » (Cheval De Troie, 2012)

  6. Last Barons « Rubber Boots » (Cheval De Troie, 2012)

  7. Last Barons « Wallstreet’s Men » (Elephantyasis, 2010)

  8. Last Barons « Shaman’s Warning Song » (Cheval De Troie, 2012)

  9. Last Barons « In The Woods » (Elephantyasis, 2010)

  10. Last Barons « Cosmogony And Dimensions Of Mind » (Cheval De Troie, 2012)

 

Déjà paru :

Alarm (The) (Declaration, 1984) Alice Cooper part 1 — Alice Cooper part 2 — Alice Cooper part 3 — Alice Cooper part 4 — Alice Cooper part 5 — Alice Cooper part 6Alice Cooper part 7 Alice Cooper part 8Alice Cooper part 9Armageddon ("Armageddon", 1975) Asherton (Johan) ;

Bad Company ("Bad Co", 1974) Balaam And The Angel BangBig Country ("The Crossing", 1983) — Blackfire — Black Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) — Butler (John) Trio ("Sunrise Over Sea", 2004) — Buzzcocks ;

CactusCaptain BeyondCars (The) ("The Cars", 1978) — Chameleons (The) — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977) — Church (The) ("The Blurred Crusade", 1982) ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The)

El Khatib (Hanni)

Fat ("Fat", 1970) FFSFleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) — Grant Lee Buffalo ("Fuzzy", 1993) — Greatest Show On Earth (The) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail RidersHearts And Minds ("Hearts And Minds", 1990) Hoodoo Gurus ;

Jo Jo Gunne ;

Kak (Kak, 1969) ;

Langhorne Slim "Be Set Free", 2009)Led Zeppelin Part 1Led Zeppelin Part 2 — Led Zeppelin Part 3  Little Bob ("Lost Territories", 1993) London Cowboys — Lords Of The New Church (The) ("The Lords Of The New Church, 1982) — Lyres ;

Malin (Jesse)  — Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Mathe (Patrick) — McFadden (Eric)Midnight Oil part 1Midnight Oil part 2 — Midnight Oil part 3 — Midnight Oil part 4  Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994) — Mumford And Sons ("Sigh No More", 2009) — Murphy (Elliott) ("Selling The Gold", 1995)

New York Dolls ("New York Dolls", 1973) ;

101'ers (The)

Peer Günt — Petty (Tom) ("The Last DJ", 2006)Pink Fairies — Presidents Of The United States Of America (The) ;

Quill ("Quill", 1970)

Rainmakers (The) "Skin" (1996) — Rave-Ups (The) Reed (Lou) — Replacements (The) ("Let It Be", 1984) ;

Sam Gopal ("Escalator", 1969)Satriani (Joe) 80's part 1 Satriani (Joe) 80's part 2Satriani (Joe) 80's part 3 — Scott (Mike) ("Bring 'Em All In", 1995) — Sheriff (Les)Sixteen Horsepower — Smithereens (The)Soul Aylum ("Let Your Dim Light Shine", 1995) — Spedding (Chris) — Springsteen (Bruce) (The Ghost Of Tom Joad, 1995) ; 

Taylor (Roger) (1/2)Taylor (Roger) (2/2) — Tolman (Russ)

Uncle Tupelo ("No Depression", 1990) Unforgiven (The) ("The Unforgiven", 1986) ;

Variations (Nador, 1969) — Violent Femmes ("Violent Femmes", 1983)  Violent Femmes ("Hallowed Ground", 1984) — Violent Femmes ("The Blind Leading The Naked", 1986) ; 

Waterboys (The) ("The Waterboys", 1983)Waterboys (The) ("A Pagan Place", 1984) — Waterboys (The) ("This Is The Sea", 1985) — Westerberg (Paul) (Eventually, 1996) — Wild Turkey — Workman (Hawksley) ("Treeful Of Starling", 2006) ;

X ("Los Angeles", 1980) ;

Zappa (Frank) part 1 Zappa (Frank) part 2 Zappa (Frank) part 3 Zappa (Frank) part 4 — Zappa (Frank) part 5 Zappa (Frank) part 6 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

The The (30/01), Cowboy Nation (01/02), The Ramones (02/02), Patto (03/02), Dave Cousins (04/02)…

 

À suivre (par ordre alphabétique, mais dans le désordre d'arrivée —et entre autres) ces prochaines semaines (et mois !!!) :

Adam & The Ants, The Angels (AUS), Art, Atomic Rooster…

Be-Bop Deluxe, Big Country, Blue Cheer, BoDeans, Brodie (Dan), Buffalo, Bull Angus…

The Cars, Cave (Nick), The Celibate Rifles, The Churchills, Concrete Blonde, The Cramps…

Dictators, Died Pretty, Dirty Ray, DMZ, Dramarama…

54.40, Fixed Up, Free, Freedom, Frijid Pink…

Georgia Satellites, Golden Smog, Grand Funk Railroad, Granicus, Grant-Lee Buffalo, Green On Red, Guadalcanal Diary, Gun (60's)…

Hanoi Rocks, Harvey (Alex), Hawkwind, Hell's Kitchen, Hiatt (John), High Tide, The Hitmen, Hooters, Husker Du…

Idle Race, Immaculate Fools…

The Jam, Jason & The Scorchers, Jellybread, Jeronimo, Jesus Volt, The J. Geils Band, The Johnnys, Josefus, Juicy Lucy… 

Kashmir (Danemark), Kid Pharaon…

Louie & The Lovers…

Masters Apprentices, McMurty (James), Modern Lovers, Mother Superior, The Move, Mungo Jerry, Music Machine…

Omar & The Howlers, The Only Ones…

The Primevals, Prince, The Proclaimers…

The Rainmakers, Todd Rundgren…

Sharks, Shoulders, Silencers, Slade, Smack, Steamhammer, Stems, Stewart (Rod), Stray…

Television, Tempest, Ten Years After, Les Thugs, T.I.M.E, Titanic, Toe Fat, T2, Tucky Buzzard, TV Smith…

UFO…

The Wallflowers, Webb Wilder, Wire Train, Steve Wynn…

The Yayhoos, Young (Neil)…

 

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