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BIG COUNTRY "THE CROSSING" (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO

05/01/2019

Au milieu des années 80 déferla une vague éphémère de rock épique à guitares, essentiellement anglo-saxonne (mais davantage irlandaise avec notamment U2, galloise avec The Alarm ou écossaise avec Big Country, qu’anglaise) et baptisée (à tort pour certains qui ne faisaient que du pré-stadium rock, tels Simple Minds) « rock héroïque ».

 

Et parmi le tombereau de disques sortis et classés sous cette appellation en deux ou trois ans à peine et la petite poignée qui mérite encore qu’on s’y attarde aujourd’hui, ce The Crossing est sans conteste le mètre-étalon du genre, plus encore que le pourtant épatant Declaration de The Alarm, quant à lui beaucoup plus US d’esprit, avec sa ligne de flottaison calée entre Band et Byrds

 

Steve Lillywhite aux manettes, véritable cinquième membre du groupe (qui ne sonnera jamais aussi bien qu’ici) est sans doute pour beaucoup dans l’aura si particulière qui marque en filigrane ces dix chansons (quatorze ou quinze pour les différentes rééditions en compact disc, avec l’intégration du tout aussi réussi EP Wonderland paru l’année suivante, EP qui pour la petite histoire existe en trois version : maxi-45 tours deux titres, quatre titres ou… six titres, sans même évoquer l'épatante édition 2CD pour les 40 ans du disque). 

 

Il est d’ailleurs intéressant de noter à quel point le producteur a marqué les années 80, en produisant, outre ce disque, le troisième album solo de Peter Gabriel, les trois premiers U2, les débuts de Psychedelic Furs, puis XTC, The Chameleons, Morrissey et même les Talking Heads ou les Rolling Stones. Tout ceci dans les seules années 80, après quoi il s’orientera davantage vers des groupes et un auditoire américains (Phish, Dave Matthews Band, Audioslave…). 

 

The Crossing n’a clairement aucune équivalence en matière, donc, de « rock héroïque », le disque le plus proche (mais ne lui arrivant qu’en bas du mollet) étant The Unforgettable Fire de U2 (sorti plus d'un an plus tard, en octobre 84). 

 

Ce qui est exceptionnel ici, c’est à quel point les quatre membres du groupe apporte chacun leur propre valeur ajoutée. D’ailleurs, séparément, même par deux ou trois (le groupe a vainement tenté un come-back, quelques années après le décès du chanteur Stuart Adamson, en vain), ils n’ont jamais ne serait-ce qu’effleuré un tel sentiment de félicité. 

 

Et pourtant, ce n’est pas faute d’avoir multiplié les collaborations ou tentatives : le groupe au complet assurait pour Roger Daltrey sur l’album Under the Raging Moon (1985), suite à une fructueuse tournée Big Country/Who ; Tony Butler, le bassiste, a secondé Townshend ; Adamson a tenté une aventure plus soul avec The Raphaels à la fin des années 90, Bruce Watson le guitariste rouquin a tâté de l’album solo ; et Mark Bzezicki, le plus en vue de la troupe, a été un batteur de sessions assez recherché (il a aussi tourné avec Fish, pour son premier album après Marillion, mais aussi avec The Cult, parmi d’autres), que ce soit en parallèle de Big Country ou pendant la courte période où il avait quitté le navire. 

 

Séparément, non, le feu sacré devenait une petite étincelle insignifiante, tout au plus, mais ensemble… quel feu d’artifices !… 

 

D’ailleurs, ce premier album est crédité au groupe dans sa globalité. Un travail d’équipe. Sans temps mort ni faux col. Des roulements de batterie initiaux de « In A Big Country », entrée en matière idéale, dans le fond comme dans la forme, jusqu’aux derniers soubresauts de l’épique « Porrohman » (frissons garantis), tout n’est que guitares aux sons de cornemuse (si si !) suintantes, changements de rythme impromptus, embardées héroïques et des couches de six-cordes empilées, concassées, une bonne grosse pâté bien épaisse qui pourtant ne barbouille jamais l’auditeur, tant fraîcheur et originalité sont toujours de mise. 

 

Quatre singles sont parus (« Harvest Home », « Fields of Fire », « In A Big Country » et « Chance »), tous classés à des degrés variables (trois dans le Top 20 anglais, tout de même, et un à la troisième position des charts Billboard US), mais à écouter le disque, l’on se dit que finalement tous auraient mérité de squatter les ondes, tant l’album dans sa globalité est de qualité constante, tant l’ensemble des compositions fait corps, tant elles s’agglutinent, se nourrissent, soudées par une espèce de ciment indéfinissable, celui-là même qui lie, bon an mal an, quelques disques miraculeux, ne ressemblant à rien de ce qu’on aurait pu entendre jusqu’alors et n’ayant jamais pu être copié par la suite, pas même par les forces en présence. 

 

Bien évidemment, les morceaux les plus longs, qui sont aussi ceux qui impriment le plus esgourdes et esprits aujourd’hui (avoir des frissons à la cinq centième écoute de « The Storm », c’est quand même quelque chose !) auraient pu, dans un monde meilleur et moins calibré, connaître les joies de passages radio nombreux et mérités. 

 

Big Country sortira ensuite sept autres albums studio (et plus tard un huitième avec Mike Peters de The Alarm au chant !), tous revigorants (à écouter en priorité : Steeltown, No Place like Home et The Buffalo Skinners, sortis respectivement en 1984, 1991 et 1993, mais deux bons crans minimum sous l’excellence de The Crossing

 

La suite de l’histoire est classique : un management avide orienta le quatuor vers le marché US (cela passa par un troisième disque, The Seer, beaucoup trop orienté FM, et qui s’approcha même des cimes de notre taupe 50, c’est dire —remember « Look Away » ??) et comme le résultat fût peu probant, la major qui soutint le groupe jusqu’alors, le mit à la porte. 

 

À cela s’ajouta une forte consommation d’alcool pour Stuart Adamson, le plus torturé de la bande (retrouvé le 18 décembre 2001, dans un hôtel d’Honolulu, Hawaï, pendu et avec pas mal d’alcool dans le sang, alors que proches et amis avaient carrément perdu sa trace, depuis de longues semaines) et trop de flottements dans le line-up, malgré de grosses tournées dans les années 90 (notamment en première partie des Rolling Stones), où le groupe excellait toujours. 

 

Aux albums studio, il faut ajouter une quantité délirante (une bonne et grosse quarantaine !) de disques live, compilations de B-sides, de reprises, de raretés, d’alternative takes ou encore de versions acoustiques, qui font le bonheur, encore aujourd’hui, d’une quantité d’irréductibles fans. 

 

À noter pour les complétistes que The Crossing existe en nombreuses versions vinyl différentes, avec des couleurs ou des textures (relief, doré, argenté, cartonnage épais mat, etc.), selon les territoires où le disque est sorti, ainsi que dans une édition cuir très très limitée (et numérotée), ultime Graal des amateurs de ce disque au charme toujours aussi vivace aujourd’hui qu’au moment de sa sortie.

 

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

LA SÉLECTION DU GOOF   :

  1. Big Country « In A Big Country » (The Crossing, 1983)

  2. Big Country « Inwards » (The Crossing, 1983)

  3. Big Country « Chance » (The Crossing, 1983)

  4. Big Country « 1000 Stars » (The Crossing, 1983)

  5. Big Country « The Storm » (The Crossing, 1983)

  6. Big Country « Harvest Home » (The Crossing, 1983)

  7. Big Country « Lost Patrol » (The Crossing, 1983)

  8. Big Country « Close Action » (The Crossing, 1983)

  9. Big Country « Fields Of Fire » (The Crossing, 1983)

  10. Big Country « Porrohman » (The Crossing, 1983)

 

Déjà paru :

Alarm (The) (Declaration, 1984) Alice Cooper part 1 — Alice Cooper part 2 — Alice Cooper part 3 — Alice Cooper part 4 — Alice Cooper part 5 — Alice Cooper part 6Alice Cooper part 7 Alice Cooper part 8Alice Cooper part 9 Asherton (Johan) ;

Bad Company ("Bad Co", 1974) Balaam And The Angel BangBlackfire — Black Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) — Butler (John) Trio ("Sunrise Over Sea", 2004) — Buzzcocks ;

CactusCaptain Beyond — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977) — Church (The) ("The Blurred Crusade", 1982) ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The)

El Khatib (Hanni)

Fat ("Fat", 1970) FFSFleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail RidersHearts And Minds ("Hearts And Minds", 1990) Hoodoo Gurus ;

Kak (Kak, 1969) ;

Langhorne Slim "Be Set Free", 2009)Led Zeppelin Part 1Led Zeppelin Part 2 — Led Zeppelin Part 3  Little Bob ("Lost Territories", 1993) London Cowboys — Lyres ;

Malin (Jesse)  — Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Mathe (Patrick) — McFadden (Eric)Midnight Oil part 1Midnight Oil part 2 — Midnight Oil part 3 — Midnight Oil part 4  Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994) — Mumford And Sons ("Sigh No More", 2009) — Murphy (Elliott) ("Selling The Gold", 1995)

New York Dolls ("New York Dolls", 1973) ;

Peer Günt — Petty (Tom) ("The Last DJ", 2006) — Presidents Of The United States Of America (The) ;

Rainmakers (The) "Skin" (1996) — Rave-Ups (The) Reed (Lou) ;

Satriani (Joe) 80's part 1 Satriani (Joe) 80's part 2Satriani (Joe) 80's part 3 — Sheriff (Les)Sixteen Horsepower — Smithereens (The)Soul Aylum ("Let Your Dim Light Shine", 1995) — Spedding (Chris) — Springsteen (Bruce) (The Ghost Of Tom Joad, 1995) ; 

Taylor (Roger) (1/2)Taylor (Roger) (2/2) — Tolman (Russ)

Unforgiven (The) ("The Unforgiven", 1986) ;

Variations (Nador, 1969) ; 

Westerberg (Paul) (Eventually, 1996) — Workman (Hawksley) ("Treeful Of Starling", 2006) ;

Zappa (Frank) part 1 Zappa (Frank) part 2 Zappa (Frank) part 3 Zappa (Frank) part 4 — Zappa (Frank) part 5 Zappa (Frank) part 6 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

Led Zeppelin (part 4, etc.), Wild Turkey, Midnight Oil part 5, Sam Gopal… 

 

À suivre (par ordre alphabétique, mais dans le désordre d'arrivée —et entre autres) ces prochaines semaines (et mois !!!) :

Adam & The Ants, The Angels (AUS), Art, Atomic Rooster…

Be-Bop Deluxe, Big Country, Blue Cheer, BoDeans, Brodie (Dan), Buffalo, Bull Angus…

The Cars, Cave (Nick), The Celibate Rifles, The Chameleons (UK), The Churchills, Concrete Blonde, The Cramps…

Dictators, Died Pretty, Dirty Ray, DMZ, Dramarama…

54.40, Fixed Up, Free, Freedom, Frijid Pink…

Georgia Satellites, Golden Smog, Grand Funk Railroad, Granicus, Grant-Lee Buffalo, The Greatest Show On Earth, Green On Red, Guadalcanal Diary, Gun (60's)…

Hanoi Rocks, Harvey (Alex), Hawkwind, Hell's Kitchen, Hiatt (John), High Tide, The Hitmen, Hooters, Husker Du…

Idle Race, Immaculate Fools…

The Jam, Jason & The Scorchers, Jellybread, Jeronimo, Jesus Volt, The J. Geils Band, The Johnnys, Josefus, Juicy Lucy… 

Kashmir (Danemark), Kid Pharaon…

Louie & The Lovers…

Masters Apprentices, McMurty (James), Modern Lovers, Mother Superior, The Move, Mungo Jerry, Music Machine…

Omar & The Howlers, The Only Ones…

Patto, Pink Fairies, The Primevals, Prince, The Proclaimers…

Quill…

The Rainmakers, Todd Rundgren…

Sharks, Shoulders, Silencers, Slade, Smack, Steamhammer, Stems, Stewart (Rod), Stray…

Television, Tempest, Ten Years After, Les Thugs, T.I.M.E, Titanic, Toe Fat, T2, Tucky Buzzard, TV Smith…

UFO…

The Wallflowers, Webb Wilder, Wire Train, Steve Wynn…

The Yayhoos, Young (Neil)…

 

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