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LED ZEPPELIN PART 2 (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO

25/12/2018

Chapitre 2 — L'avènement de l'âge de plomb

Chapitre 1 ————>>> CLIQUEZ ICI ! <<<————

 

Le premier concert sous le nom de Led Zeppelin a lieu le 25 octobre 1968, dans l'enceinte de l'université du Surrey, à Battersea (banlieue sud-ouest de Londres), soit pile une semaine après la date officielle de création du groupe ! Il est organisé par Richard Cole, qui aura une importance de poids dans l'entourage du groupe, en tant que tour manager —c'est notamment lui qui prépare la toute première tournée du groupe sur le sol américain, dès la fin de l'année 68 et avant même la parution du premier album (qui sera effective le 12 janvier 69).

 

La sortie de ce premier album est comparable à un big bang pour la planète rock d'alors. Jamais de tels riffs stratosphériques hard rock pur jus n'avaient côtoyé des soli paroxystiques aussi bluffants et un chant aussi hanté et pénétrant, basculant du bluesy poisseux au groovy aérien, sans même prévenir, quand il n'était pas tout simplement secoué de soubresauts psychédéliques ou infusé d'un folk british particulièrement vivifiant. 

 

Le comble, c'est que Led Zep se présentait d'emblée comme LE super groupe d'entre les super groupes, alors que Page n'avait pas même encore eu l'occasion de digérer l'impossibilité de démarrer son aventure avec Keith Moon, John Entwistle et Jeff Beck

 

De fait, John "Bonzo" Bonham allait vite révolutionner le jeu de batterie rock, qu'il assure puissant et précis, métronomique même, avec notamment un toucher de cymbale charleston comme on n'en a jamais entendu (là où Moon ne sera, au mieux, qu'un chien fou sans laisse, mais un chien fou au pedigree rare et indiscutable). 

 

John Paul Jones, rencontré en studio sur une session pour Donovan, ne se présente définitivement pas, quant à lui, comme  un simple bassiste et il ne sera d'ailleurs jamais "qu'un bassiste" (même si en soi, cette appellation restrictive n'a rien de péjoratif), se présentant rapidement comme un compositeur racé, un arrangeur de génie et un multi-instrumentiste inspiré.

 

Robert Plant, enfin… Robert Plant est le rock'n'roll singer par excellence. Il y a eu un avant et un après. Ou plutôt, il n'y avait rien avant et rien de comparable ni pendant ni après !

 

Encore mieux pour Page, le fait d'être seul guitariste à bord lui permet de s'exprimer comme jamais il n'aurait pu le faire s'il avait été contraint de partager les parties de gratte avec Beck qui, comme lui, n'en est jamais avare.

 

Toujours au rayon des bonnes nouvelles, les termes dingues du contrat sans précédent négocié par Peter Grant ne prévoient pas qu'une avance record (pour l'époque) de 143.000 dollars (pour un album enregistré en 36 heures pour la modique somme de 2000 livres sterling, soit moins de 5000 dollars selon les taux de conversion en vigueur à l'automne 68 !), ils incluent aussi une complète autonomie du groupe par rapport à la fréquence de sortie de ses albums et de ses tournées, le dernier mot pour ce qui est du choix des singles, ainsi qu'un contrôle absolu du contenu, du design et de l'artwork de l'ensemble de ses productions !

 

C'était à l'époque le plus gros contrat jamais signé par une maison de disques, pour un groupe débutant s'entend, et le plus incroyable est qu'aucun exécutif ou directeur artistique n'a été voir le groupe sur scène ou ne serait-ce qu'en répétition avant sa signature ! 

 

La maison de disques en question, Atlantic, fondée en 1947 par la légende Ahmet Ertegun, en était à un tournant de son histoire, puisqu'avec une écurie essentiellement jazz, blues et soul (Dizzy Gillepsie, Ray Charles, The Drifters, Champion Jack Dupree, Solomon Burke, The Mar-Keys, Ben E. King, Otis Redding, Charlie Mingus, Wilson Pickett, Percy Sledge…), elle voulait montrer son intérêt pour la scène progressive et hard rock naissante en Angleterre. 

 

Outre "Dazed and Confused", appropriation un rien abusive d'un titre de Jack Holmes, dont il a déjà été question en long et en large dans notre premier chapitre, l'album comporte deux reprises de Willie Dixon, vestiges des premières armes de Page en tant que six-cordiste, quand il dévergonda les très ronronnants et même ronflants Crusaders (son premier groupe), avec ses impromptus emprunts à Bo Diddley ou Chuck Berry ; et surtout quand, à partir de 1964, il devint guitariste de session réputé, car l'un des rares sur Londres à maîtriser sur le bout du médiator le jeu rhythm & blues, que les jeunes Pretty Things et Rolling Stones venaient de populariser. 

 

Effectivement totalement bien instruit du blues, le jeune Page était d'abord et surtout un rocker et ses influences manifestes en la matière sont à aller piocher du côté de James Burton, Scotty Moore bien sûr, mais aussi Cliff Galup ou Johnny Day. Mais ce serait vite oublier qu'il a été le premier à s'ouvrir (et sa musique avec) aux sonorités incroyablement entêtantes de la musique marocaine ou du sitar (il travaillera avec Ravi Shankar bien avant George Harrison).

 

Placé en troisième position sur la face A, la première des reprises de Willie Dixon, "You Shook Me" (co-écrite par J.B Lenoir pour Muddy Waters qui le publia en single dès 1962) est du pur Chicago Blues et bénéficie d'un triple solo guitare-harmonica-orgue Hammond assuré respectivement par Page bien sûr, Plant et Jones. Page, qui a produit l'album, avait rajouté un effet d'écho (rare pour l'époque), ainsi qu'un subtil jeu de ping pong entre le chant et la guitare, en fin de morceau. 

 

Jeff Beck qui avait repris le même morceau, peu avant (sur l'album Truth, paru en août 68, soit juste avant que les New Yardbirds ne rentrent en studio !) et surtout avec des arrangements très proches (et confinant déjà au hard rock), manifesta son mécontentement de voir son ami le copier de manière aussi éhontée.

 

L'autre morceau de Dixon, "I Can't Quit You Baby" est encore plus ancien et avait été composé dans les années 50 pour Otis Rush (qui l'enregistra en juillet 56, ce fut d'ailleurs son premier 45 tours et… son premier carton dans les charts !). C'est aussi la toute première composition signée Dixon à avoir été enregistrée. C'est ce qu'on appelle un "12-bar blues" (blues en douze mesures). 

 

La version de Led Zeppelin s'inspire davantage de la seconde version enregistrée par Otis Rush (pour Vanguard, en 66), mais avec toutefois une instrumentation et une dynamique complètement transfigurées, même si y prédomine toujours une symétrie et un équilibre dans une pure tradition blues. 

 

Le double album des BBC Sessions en propose deux belles versions live et Coda, un disque de fonds de tiroir, une superbe version (mais pas in extenso) captée lors d'un soundcheck au Royal Albert Hall début janvier 70, intéressante surtout pour son incroyable solo. 

 

Retour face A avec le dernier emprunt de l'album, "Babe I'm Gonna Leave You", une folk song composée par l'Américaine Anne Bredon et déjà reprise par Joan Baez sur son album live In Concert Part 1 de 1963, et que Page avait découvert à l'époque où il épaulait Marianne Faithfull

 

Bien sûr, la version de Led Zep est méconnaissable, ce qui laissa croire à Page que, comme pour "Dazed And Confused", il pouvait se passer de créditer son auteur et bien sûr de lui reverser sa part de royalties. Même erreur et mêmes conséquences, Anne Bredon eut finalement gain de cause (en 91), récupéra rétroactivement ses royalties et depuis lors la chanson est créditée à Anne Bredon/Jimmy Page et Robert Plant. 

 

Pour "Your Time Is Gonna Come", qui ouvre la seconde face, et uniquement pour ce morceau, Page utilisa une Fender pedal steel 10 cordes, et laissa donc se reposer ses fidèles Telecaster à motifs psychédéliques et Gibson J-200, respectivement pour ses parties électriques et acoustiques.

 

Le morceau comporte un chouette solo esseulé d'orgue assuré par John Paul Jones et s'enchaîne avec le court instrumental "Black Mountain Side", très très inspiré (sic) d'un arrangement folk du morceau traditionnel "Black Water Side", par les deux guitaristes de Pentangle, Bert Jansch (pour les arrangements) et John Renbourn (pour le jeu de guitare si particulier).

 

"How Many More Times", qui clôture l'album, a souvent aussi été le feu d'artifices terminal des concerts du groupe. On y retrouve une partie proche de celle du fameux "Beck's Bolero" et il s'agit avant toute chose d'une jam enregistrée, ayant pour double point de départ un riff de Page et le morceau "How Many More Tears" de Howlin' Wolf (sorti en single dès septembre 1951 !).

 

Enfin, terminons ce tour d'horizon exhaustif par les deux titres les plus marquants qui —et ça n'est bien sûr pas un hasard— sont aussi les deux à imputer le plus clairement aux membres du groupe, sans aucun emprunt trop visible ni aucun pillage un peu trop embarrassant : "Good Times Bad Times" et "Communication Breakdown"

 

"Good Times Bad Times" qui lâche les chevaux d'entrée de face A, qui bénéficie d'un solide chorus, qui est constellé d'overdubs de guitare particulièrement bien sentis et qui fut considéré initialement par le groupe comme le parfait single introductif (mais ne sortit sous ce format qu'aux États-Unis, jamais en Angleterre). 

 

Un titre important puisque c'est par là que les gens ont découvert le groupe à l'époque, mais curieusement un morceau qu'ils ont très peu interprété sur scène. Tout le contraire de "Communication Breakdown", un autre titre construit autour d'un riff incroyablement percutant et avant-gardiste, que le quatuor a toujours adoré joué live et qui déboulait en rappel de quasiment tous leurs concerts. 

 

Seuls deux autres titres furent enregistrés et non inclus à l'album : "Baby Come On Home", dont le master avait été perdu et fut retrouvé dans une poubelle au moment de la rénovation des studios en 1991 (!) et "Sugar Mama", connu également sous le nom de "Sugar Mama Blues", un standard de country blues paru en 78 tours dès 1934 (et repris ensuite notamment par Sonny Boy Williamson) !

 

Ces deux titres sont disponibles depuis 2015, remasterisés, dans l'édition Deluxe de Coda, "Baby Come On Home" ayant déjà été précédemment exhumé dans différentes compilations et anthologies, dès 1993 et le double album Boxed Set 2.

 

La réédition Deluxe de Led Zeppelin propose un second CD bonus reprenant une bonne partie du concert de Paris (Olympia, 10 octobre 1969), avec logiquement des titres du premier mais aussi du second album, dont une version épique de "Dazed And Confused" de plus de quinze minutes.

 

Souvent classé dans les tops reprenant les albums qui "ont changé le cours de l'histoire de la musique", ce premier album n'a pas été un succès fulgurant (classé au mieux dixième dans les charts US et sixième, bien plus tard, fin mars, en Angleterre), mais s'est vendu sur la durée et est aujourd'hui certifié deux fois platine en Angleterre et huit fois aux États-Unis !…

 

La pochette reprend une photo en noir et blanc d'un certain Sam Shere, datant de 1937 et montrant un dirigeable Hindenburg en flammes, le LZ 129 de ce constructeur allemand étant le plus grand dirigeable commercial jamais réalisé, qui reliait régulièrement l'Europe aux États-Unis. 

 

Ce crash eut lieu le 6 mai 1937 lors de ce qui devait être son tout premier atterrissage dans le New Jersey, et fut particulièrement relayé car plusieurs chaînes de télévision y avaient envoyé des journalistes pour couvrir l'événement. 

 

Le design de la pochette avait été confié, ainsi que celui du second album, à George Hardie, qui sera un peu plus tard responsable de celles de The Dark Side Of The Moon (1973) et Wish You Were Here (1975) pour Pink Floyd

 

Anecdote amusante découlant de la pochette : en février 1970, pour un concert à Copenhague, le groupe a dû se présenter en tant que "The Nobs", et ce afin d'éviter une action en justice de la part d'Eva von Zeppelin, une aristocrate parente du créateur du fameux dirigeable qui, en voyant le logo du Hindenburg s'écraser en flammes, menaça d'intenter un procès si un concert d'un groupe appelé Led Zeppelin avait lieu !… 

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF   :

  1. Led Zeppelin « Good Times Bad Times » (Led Zeppelin, 1969)

  2. Led Zeppelin « Dazed And Confused » (BBC Sessions, 1997)

  3. Led Zeppelin « Communication Breakdown » (Led Zeppelin, 1969)

  4. Led Zeppelin « I Can’t Quit You Baby » (Led Zeppelin, 1969)

  5. Led Zeppelin « You Shook Me » (Led Zeppelin, 1969)

  6. Led Zeppelin « Your Time Is Gonna Come » (Led Zeppelin, 1969)

  7. Led Zeppelin « You Shook Me » (BBC Sessions, 1997)

  8. Led Zeppelin « How Many More Times » (BBC Sessions, 1997)

  9. Led Zeppelin « Babe I’m Gonna Leave You » (Led Zeppelin, 1969)

  10. Led Zeppelin « Communication Breakdown » (BBC Sessions, 1997)

 

Déjà paru :

Alarm (The) (Declaration, 1984) Alice Cooper part 1 — Alice Cooper part 2 — Alice Cooper part 3 — Alice Cooper part 4 — Alice Cooper part 5 — Alice Cooper part 6Alice Cooper part 7 Alice Cooper part 8Alice Cooper part 9 Asherton (Johan) ;

Bad Company ("Bad Co", 1974) Balaam And The Angel BangBlackfire — Black Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) — Buzzcocks ;

CactusCaptain Beyond — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977)  ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The)

El Khatib (Hanni)

Fat ("Fat", 1970) FFSFleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail RidersHearts And Minds ("Hearts And Minds", 1990) Hoodoo Gurus ;

Kak (Kak, 1969) ;

Langhorne Slim "Be Set Free", 2009) Little Bob ("Lost Territories", 1993) London Cowboys ;

Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Mathe (Patrick) — McFadden (Eric)Midnight Oil part 1Midnight Oil part 2 — Midnight Oil part 3 — Midnight Oil part 4  Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994)

New York Dolls ("New York Dolls", 1973) ;

Peer Günt — Presidents Of The United States Of America (The) ;

Rainmakers (The) "Skin" (1996) — Rave-Ups (The) Reed (Lou) ;

Satriani (Joe) 80's part 1 Satriani (Joe) 80's part 2Satriani (Joe) 80's part 3 — Sheriff (Les)Sixteen Horsepower — Smithereens (The)Soul Aylum ("Let Your Dim Light Shine", 1995) — Spedding (Chris) — Springsteen (Bruce) (The Ghost Of Tom Joad, 1995) ; 

Taylor (Roger) (1/2)Taylor (Roger) (2/2)

Unforgiven (The) ("The Unforgiven", 1986) ;

Variations (Nador, 1969) ; 

Westerberg (Paul) (Eventually, 1996) ;

Zappa (Frank) part 1 Zappa (Frank) part 2 Zappa (Frank) part 3 Zappa (Frank) part 4 — Zappa (Frank) part 5 Zappa (Frank) part 6 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

Led Zeppelin (24-30/12), Wild Turkey (31/12), Midnight Oil part 5 (01/01)…Sam Gopal… 

 

À suivre (par ordre alphabétique, mais dans le désordre d'arrivée —et entre autres) ces prochaines semaines (et mois !!!) :

Adam & The Ants, The Angels (AUS), Art, Atomic Rooster…

Balaam and the Angel, Be-Bop Deluxe, Big Country, Blue Cheer, BoDeans, Brodie (Dan), Buffalo, Bull Angus…

The Cars, Cave (Nick), The Celibate Rifles, The Chameleons (UK), The Churchills, Concrete Blonde, The Cramps…

Dictators, Died Pretty, Dirty Ray, DMZ, Dramarama…

54.40, Fixed Up, Free, Freedom, Frijid Pink…

Georgia Satellites, Golden Smog, Grand Funk Railroad, Granicus, Grant-Lee Buffalo, The Greatest Show On Earth, Green On Red, Guadalcanal Diary, Gun (60's)…

Hanoi Rocks, Harvey (Alex), Hawkwind, Hell's Kitchen, Hiatt (John), High Tide, The Hitmen, Hooters, Husker Du…

Idle Race, Immaculate Fools…

The Jam, Jason & The Scorchers, Jellybread, Jeronimo, Jesus Volt, The J. Geils Band, The Johnnys, Josefus, Juicy Lucy… 

Kashmir (Danemark), Kid Pharaon…

Louie & The Lovers…

Masters Apprentices, McMurty (James), Modern Lovers, Mother Superior, The Move, Mungo Jerry, Music Machine…

Omar & The Howlers, The Only Ones…

Patto, Pink Fairies, The Primevals, Prince, The Proclaimers…

Quill…

The Rainmakers, Todd Rundgren…

Sharks, Shoulders, Silencers, Slade, Smack, Steamhammer, Stems, Stewart (Rod), Stray…

Television, Tempest, Ten Years After, Les Thugs, T.I.M.E, Titanic, Toe Fat, T2, Tucky Buzzard, TV Smith…

UFO…

The Wallflowers, Webb Wilder, Wire Train, Steve Wynn…

The Yayhoos, Young (Neil)…

 

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