© 2019 Radio Perfecto | vie privée

ALICE COOPER PART 7 (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

13/12/2018

Chapitre 7 — La chute de l’empire cooperien 

À partir de l’album Lace and Whiskey, plus rien ne va pour Alice Cooper, abandonné par son label (à qui pourtant il doit encore une pelletée de disques), largué par ses fans qui lui reprochent tergiversations et ont mal supporté l’accumulation de titres low tempo sur Goes to Hell. Sur scène, quand les tournées ont bien lieu, Alice est une épave, un déchet, pas toujours entouré par un groupe à la hauteur de son œuvre pour arranger le tout, mais il y a toujours du bon à prendre dans chacun des disques de cette période allant de 1977 à 1983. 

 

Liens pour les six premières parties tout en bas de la page.

 

Lace and Whiskey (avril 77) est celui que beaucoup aiment à détester. Il est vrai que le concept de roman noir audio est plus que brumeux, surtout au-delà de l’aspect visuel de la pochette, mal raccordée aux chansons ; ou encore que la reprise de Warren Smith (le morceau est de Chas Underwood), « Ubangi Stomp » est une assez mauvaise idée (même si Alice avoue que c’était là le tout premier disque qu’il avait acheté ; nostalgie quand tu nous joues des sales tours !), de même que le nouveau slow (« You & Me », musique pourrie et paroles géniales, ça ne vous rappelle rien ?), mais il y a toujours les enluminures guitaristiques de Dick Wagner, la production au cordeau de Bob Ezrin et quelques éclairs de génie (« It’s Hot Tonight », « King of the Silver Screen », « Lace and Whiskey », « Road Rats »). Le groupe, d’ailleurs, est plutôt de haute volée (c’est le même qui enregistre, en même temps, l’album de Peter Gabriel, avec notamment Tony Levin à la basse)…

 

Passons brièvement sur le live Alice Cooper Show (décembre 77), une hérésie (enregistrement pourrie, versions pas terribles), surtout quand on sait à quel point le groupe était fabuleux sur scène, pour en arriver à From the Inside (novembre 78) ou le sursaut d’orgueil d’Alice. Un nouveau classique, co-écrit avec Bernie Taupin (oui oui, celui d’Elton John !), un copain de beuverie. L’album nous emmène (musicalement, mais aussi visuellement, voir la pochette originelle qui s’ouvrait en plusieurs parties, découvrant notamment derrière une porte close un Alice enserré dans sa camisole de force) dans l’hôpital (un hospice pour milliardaires poivrots, pour être plus précis) où Alice a passé deux bons mois en octobre-novembre 77 (c’est là qu’il rencontra Taupin, d’ailleurs !). 

 

Alice Cooper : « La plupart des personnes citées dans le disque sont de vrais patients, même si j’ai parfois modifié leur caractère ou leur façon d’agir. Ce regain de créativité m’a été favorable et je dirais même que From the Inside est un de mes disques favoris, pour ne pas dire le meilleur. À cette époque, tout le monde faisait très attention aux goûts des gens, à ce qui fonctionnait le mieux, etc. ; et moi, justement, j’avais retrouvé cette envie mordante d’être à contre-courant et de prendre les directions de mon choix, sans me soucier du reste. J’étais revenu au rock, voire au hard-rock, avec des compositions telles que « For Veronika’s Sake » et « Wish I was born in Beverly Hills ». Bernie Taupin avait collaboré à certains passages, environ 20% de l’ensemble, je tiens à le préciser parce que cela m’a énormément aidé à retrouver un certain équilibre ». 

 

Musicalement, le disque est très compact (malgré toujours une instrumentation d’une grande richesse), très cohérent, avec de nombreux musiciens : plusieurs claviers, cinq bassistes et trois batteurs différents, sans parler d’une tripotée de guitaristes, comme Rick Nielsen de Cheap Trick, Steve Lukather de Toto, le fidèle Dick Wagner ou encore Davey Johnstone, qui restera un certain temps aux côtés d’Alice et fera notamment partie (avec Steve Hunter) de l’Ultra Latex band (!!), qui prendra la route peu après la sortie du disque. Parallèlement à cette tournée (« Mad House Rock 1979 »), Marvel publie un comics avec une partie des personnages de l’hôpital, auxquels sont donnés d’autres noms. 

 

Gros changement avec Flush the Fashion (mai 80), un disque aux sonorités plus électroniques (nous sommes en pleine new wave), qui contient quelques belles choses cependant, telles « Talk Talk » (cover d’un groupe garage majeur mais trop méconnu, Music Machine), « Pain » ou « Clones (We’re all) » (inspiré de la série B fauchée Clones ?) qu’Alice nous a fait la surprise d’interpréter au début des années 2000 à Paris (suite à une demande express d'un certain Goof, lors des préparatifs de la tournée en question, en Arizona). Un disque assez grinçant, aussi, faisant montre d’un humour très noir. 

 

Alice Cooper : « Je venais de m’installer à Los Angeles, la musique subissait des changements importants et j’ai décidé que moi aussi je devais évoluer. Je voulais un nouveau son, plus moderne, avant qu’on ne m’associe à tort à un rabat-joie ne vivant que sur ses acquis. En tant qu’artiste, je crois qu’il faut savoir se remettre en question et c’était le moment idéal pour envisager pareille reconversion. Pour ce faire, j’ai recruté d’autres musiciens et engagé Roy Thomas Baker pour la direction des opérations en studio. Nous utilisions pour la première fois des synthés, mais l’ensemble conservait néanmoins un caractère très rock. Toutes périodes confondues, « Pain » est une de mes compositions préférées ».

 

L’année suivante, Special Forces (Août 81) ressemble à un vrai fourre-tout, sans réelle direction. Le groupe qui est en studio avec Alice se fout dans le pif et dans les veines tout ce qui traîne comme produits illicites et sa productivité est comme qui dirait assez aléatoire. Le maître de cérémonie, lui, est tellement bourré, qu’il ne se rend compte de rien !… On retrouve même sur ce disque (le moins aimé des fans ? probablement) une nouvelle version (live en plus !) de « Generation Landslide » qui ne fait pas vraiment avancer le schmilblick. Quelques babioles à se mettre sous le tympan, cependant, comme la reprise musclée du « Seven & Seven Is » de Love et un degré supérieur encore dans l’humour cynico-parodique (« You want it, you got it », « You’re a movie », sans oublier le single « Who do you think we are », qui fit vaguement parler de lui). 

 

On poursuit dans le portnawak désorganisé avec Zipper Catches Skin (Août 82), un album qu’Alice se souvient à peine avoir fait, mais avec lequel il tentait de retrouver une idée conceptuelle cimentant l’ensemble, comme il le confirme lui-même : « C’est à ce moment-là que j’ai découvert les films de tueurs en série, comme Vendredi 13 ou Halloween… J’étais déjà en train de finir « Tag, you’re it » dont l’idée était issue de ce genre de films, mais c’est en me reconnaissant dans des personnages comme Michael Myers ou Jason, que mes forces furent décuplées. Je me disais que tous ces psychopathes n’étaient que des copies d’Alice Cooper. Ils sont indestructibles, tout comme Alice qui se fait tuer à la fin de chaque concert, mais revient au suivant. J’avais l’impression de m’être fait voler mon invention et je voulais en rappeler que j’en étais le dépositaire ». 

 

Bon… À l’écoute du disque, c’est déjà beaucoup moins clair, avec des choses très éparpillées : un morceau sur Zorro (« Zorro’s Ascent »), un autre servant de B.O. au film Class 84 (« I am the Future »), quelques déconnades au vitriol (« I better be good », « I Like Girls », « No Baloney Homosapiens »), etc. Par contre, le disque mérite très honnêtement une réécoute attentive, car il y a là de quoi satisfaire les cages à miel les plus difficiles. 

 

Retour au bercail de Bob Ezrin et Dick Wagner pour Dada (octobre 83), le seul disque d’Alice qui ressemble à nul autre, son plus personnel, l’un des meilleurs aussi quoi qu’assez peu connu. 

 

Ezrin avait retrouvé Alice à moitié comateux, dans son appartement, couché au milieu de centaines de bouteilles de bière vides, l’œil hagard, les ongles et les cheveux exagérément longs, dans une puanteur pestilentielle. Il lui avait gentiment botté le cul, amené jusqu’à son studio et ensemble ils avaient accouché (dans la douleur) de ce disque, utilisant un logiciel intitulé CMJ Fairlight, auquel étaient adjoints de vrais batteurs, dont Richard Kolinka de Téléphone (Ezrin produisait Dure Limite, en même temps, dans le studio voisin !). 

 

Outre l’introduction-éponyme et hypnotique (c’est la voix de la propre fille d’Ezrin, Sarah, qu’on entend), l’album contient au moins trois pures chefs d’œuvre, « Former Lee Warmer », « I Love America », annonciateur des œuvres plus critiques d’Alice à la fin des années 90, et « Pass the Gun Around »… 

 

Petites précisions du chanteur quant aux conditions d’enregistrement : « Le plus difficile était de sortir quelque chose de potable de notre esprit, alors que nous étions tous dans une mauvaise passe. Dick Wagner m’avait beaucoup aidé, il était devenu mon bras droit. En plus, nous étions sûrs que Warner, pour qui c’était le dernier album, n’allait pas le promotionner et, pour parachever le tout, je devais réintégrer l’hôpital juste après l’enregistrement et il m’était donc impossible de tourner… L’humeur de Dada est très spéciale et ce disque est assurément à mettre à part dans ma discographie. Même si je ne me souviens pas du tout pourquoi et dans quel esprit a été fait tel ou tel morceau, je peux dire que c’est une espèce d’analyse du passé et du présent, de l’un par l’autre et inversement, le tout restant connecté à ma vision de l’avenir… ». Euh, vous y comprenez quelque chose, vous ?…

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

 

DISCOGRAPHIE ALICE COOPER GROUP / ALICE COOPER (1969-1994)  :

 

Pretties for you (Straight, 1969) **

Easy Action (Straight, 1970) ***

Love it to Death (Straight/Warner, 1971) ***** — À ÉCOUTER EN PRIORITÉ

Killer (Warner, 1971) ****1/2

School’s Out (Warner, 1972) ****1/2

Billion Dollar Babies (Warner, 1973) ***** — À ÉCOUTER EN PRIORITÉ

Welcome To My Nightmare (Atlantic, 1975) ****1/2

Alice Cooper Goes to Hell (Warner, 1976) ****

Lace and Whiskey (Warner, 1977) ***1/2

From The Inside (Warner, 1978) ****

Flush The Fashion (Warner, 1980) ***1/2

Special Forces (Warner, 1981) ***

Zipper Catches Skin (Warner, 1982) ***1/2

Dada (Warner, 1983) **** — À DÉCOUVRIR !

Constrictor (MCA, 1986) *1/2

Raise your fist and Yell (MCA, 1987) **

Trash (Epic, 1989) **

Hey Stoopid (Epic, 1991) **

The Last Temptation (Epic, 1994) ****

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF   :

  1. Alice Cooper « It’s Hot Tonight » (Lace And Whiskey, 1977)

  2. Alice Cooper « Adaptable (Anything For You) » + « I Like Girls » + « Remarkably Insincere »(Zipper Catches Skin, 1982)

  3. Alice Cooper « Pass The Gun Around » (Dada, 1983)

  4. Alice Cooper « From The Inside » (From The Inside, 1978)

  5. Alice Cooper « Seven & Seven Is » + « Prettiest Cop On The Block » (Special Forces, 1981)

  6. Alice Cooper « Nurse Rozetta » (From The Inside, 1978)

  7. Alice Cooper « I Love America » (Dada, 1983)

  8. Alice Cooper « Tag, You’re It » + « I Better Be Good » (Zipper Catches Skin, 1982)

  9. Alice Cooper « Lace And Whiskey » (Lace And Whiskey, 1977)

  10. Alice Cooper « Talk Talk » + « Clones » + « Pain » (Flush The Fashion, 1980)

 

Déjà paru :

Alice Cooper part 1 — Alice Cooper part 2 — Alice Cooper part 3 — Alice Cooper part 4 — Alice Cooper part 5 — Alice Cooper part 6 — Asherton (Johan) ;

Bad Company ("Bad Co", 1974) Balaam And The Angel BangBlackfire — Black Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) — Buzzcocks ;

CactusCaptain Beyond — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977)  ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The)

El Khatib (Hanni)

Fat ("Fat", 1970) FFSFleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail RidersHearts And Minds ("Hearts And Minds", 1990) Hoodoo Gurus ;

Kak (Kak, 1969) ;

Langhorne Slim "Be Set Free", 2009) Little Bob ("Lost Territories", 1993) London Cowboys ;

Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Mathe (Patrick) — McFadden (Eric)Midnight Oil part 1Midnight Oil part 2 — Midnight Oil part 3 — Midnight Oil part 4  Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994)

New York Dolls ("New York Dolls", 1973) ;

Peer Günt — Presidents Of The United States Of America (The) ;

Rainmakers (The) "Skin" (1996) — Rave-Ups (The) Reed (Lou) ;

Sheriff (Les)Smithereens (The) — Spedding (Chris) ;

Taylor (Roger) (1/2)Taylor (Roger) (2/2)

Unforgiven (The) ("The Unforgiven", 1986) ;

Variations (Nador, 1969) ; 

Zappa (Frank) part 1 Zappa (Frank) part 2 Zappa (Frank) part 3 Zappa (Frank) part 4 — Zappa (Frank) part 5 Zappa (Frank) part 6 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

Alice Cooper part 8 (14/12 )… Sam Gopal (16/12), Wild Turkey (17/12), Midnight Oil part 5 (18/12 )… Led Zeppelin (24-28/12)

 

À suivre (par ordre alphabétique, mais dans le désordre d'arrivée —et entre autres) ces prochaines semaines (et mois !!!) :

Adam & The Ants, The Angels (AUS), Art, Atomic Rooster…

Balaam and the Angel, Be-Bop Deluxe, Big Country, Blue Cheer, BoDeans, Brodie (Dan), Buffalo, Bull Angus…

The Cars, Cave (Nick), The Celibate Rifles, The Chameleons (UK), The Churchills, Concrete Blonde, The Cramps…

Dictators, Died Pretty, Dirty Ray, DMZ, Dramarama…

54.40, Fixed Up, Free, Freedom, Frijid Pink…

Georgia Satellites, Golden Smog, Grand Funk Railroad, Granicus, Grant-Lee Buffalo, The Greatest Show On Earth, Green On Red, Guadalcanal Diary, Gun (60's)…

Hanoi Rocks, Harvey (Alex), Hawkwind, Hell's Kitchen, Hiatt (John), High Tide, The Hitmen, Hooters, Husker Du…

Idle Race, Immaculate Fools…

The Jam, Jason & The Scorchers, Jellybread, Jeronimo, Jesus Volt, The J. Geils Band, The Johnnys, Josefus, Juicy Lucy… 

Kashmir (Danemark), Kid Pharaon…

Louie & The Lovers…

Masters Apprentices, McMurty (James), Modern Lovers, Mother Superior, The Move, Mungo Jerry, Music Machine…

Omar & The Howlers, The Only Ones…

Patto, Pink Fairies, The Primevals, Prince, The Proclaimers…

Quill…

The Rainmakers, Todd Rundgren…

Joe Satriani, Sharks, Shoulders, Silencers, Slade, Smack, Steamhammer, Stems, Stray…

Television, Tempest, Ten Years After, Les Thugs, T.I.M.E, Titanic, Toe Fat, T2, Tucky Buzzard, TV Smith…

UFO…

The Wallflowers, Webb Wilder, Wire Train, Steve Wynn…

The Yayhoos, Young (Neil)…

 

Partager sur Facebook
Partager sur Twitter
Please reload

Posts à l'affiche

VIETNAM "VIETNAM" (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO

03/03/2019

1/10
Please reload

Posts Récents
Please reload

Archives