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FRANK ZAPPA PART 4 (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

29/11/2018

Qui connaissait Frank Zappa ? Existait-il au moins quelqu’un sur Terre capable d’arriver à cerner le personnage et ce qu’il nommait lui-même la « continuité conceptuelle » de son œuvre ?… Retour sur la carrière mouvementée de notre grand zazou zappeur…

 

Pour lire la story en trois parties, ça se passe par là , puis ici et enfin de ce côté-ci !

 

(…/…) 

 

Discographie sélective de 1966 à 1993

 

FREAK OUT ! (1966)

Considéré par beaucoup comme LE manifeste des Mothers, Freak Out ! était si opposé à toute connection avec la scène pop des mid-sixties et si éloigné de tout ce qui se faisait à l’époque en Californie (Grateful Dead, Jefferson Airplane…) ou ailleurs qu’il a bien failli ne jamais sortir. Pensez-vous, une bande de chevelus dépravés qui s’amusait à tourner en bourrique les us et coutumes de la GRANDE Amérique, tout en prônant la magnificence de la sub-culture et la nécessité d’un art libre et marginal, ce qui marcherait le mieux, surtout qu’il s’agissait du tout premier double-album conceptuel de l’histoire du rock et que le concept en question était si tortueux et si incompatible avec les goûts du public, qu’il était voué à un échec cuisant et rapide. Plus qu’une référence, Freak Out ! est aujourd’hui ce qu’on appelle dans le jargon du rock-business un album culte, autrement dit une œuvre aussi intouchable qu’indispensable…

 

ABSOLUTELY FREE (1967)

Plus débridé encore, Absolutely Free repousse toujours un peu plus loin les limites de la dérision et les méthodes anarchiques dont Freak Out ! constituait l’ébauche originelle. Rien n’est innocent, pas même le titre (Absoument Libre ou Gratuit, c’est selon) et Zappa, en bon provocateur, s’en prend carrément —et nommément— au Président des Etats-Unis, entre autres exhortations au désordre total, sans toutefois tomber dans le piège des protest-songs faciles, mais leur préférant au contraire de courtes jokes, dont l’impact est bien plus conséquent.

Musicalement, ce second pamphlet paraît plus structuré de prime abord, mais se fissure petit à petit et engendre finalement le chaos sonore le plus insidieusement malsain, des retournements de situations des plus incongrus, des prises de position pour le moins abjectes et des débordements auxquels la société ricaine n’était définitivement pas préparée.

 

WE’RE ONLY IN IT FOR THE MONEY/LUMPY GRAVY (1967)

Troisième stade d’exécution de la diatribe mise en œuvre par notre père et mère d’invention, We’re Only in it for the Money présente un commentaire social incroyablement plus mordant que celui de ses deux prédécesseurs, qui remet en cause la plus essentielle des lois fondamentales ; et une pochette qui parodie sans vergogne celle du Sgt Pepper des Beatles. Des quatre garçons de Liverpool, seul John Lennon prendra la chose à la rigolade, en invitant Zappa sur scène, la rencontre entre les deux monstres étant immortalisée sur l’album John Lennon Sometime in New York City

Quant à Lumpy Gravy, le disque maudit de la période Verve, il marque la première escapade de Frank Zappa sur les terrains glissants de l’avant-gardisme. Prévu comme un ballet apocalyptique, cet album solo (sur lequel se défoulent près d’une cinquantaine de musiciens !) défie toute logique établie et renvoie au placard toutes les sacro-saintes théories basées sur l’impossibilité de mixer diverses influences avec un esprit foncièrement décapant et corrosif.

 

CRUISIN’ WITH RUBEN & THE JETS (1968)

Bien avant la mode des revivals, Zappa et ses Mothers s’étaient amusés avec ce Cruisin’ With Ruben & The Jets à porter un regard nostalgique et bien évidemment fondamentalement parodique, sur le rock’n’roll à succès de la seconde moitié des 50’s (Buddy Holly, Ritchie Valens…). Refusant l’éventualité d’une promiscuité quelconque, ils avaient poussé le bouchon jusqu’à faire de ce témoignage-parodie une bouffonnerie burlesque et encline à la raillerie la plus dévastatrice, en y incluant l’histoire du jeune Ruben Sano, une méthode croustillante pour se faire une belle banane (en huit étape) et le pas de danse hilarant qui est ‘officiellement’ affilié aux love-songs de Ruben & The Jets. Contrairement à ce que laissaient présager leurs débordements passés, les Mothers Of Invention se sont parfaitement bien adaptés aux structures musicales plus habituelles qui sont nécessaires à ce genre d’exercice, prouvant avec Brio —et à la surprise générale— d’indéniables talents d’instrumentistes.

 

UNCLE MEAT (1969)

Fortement influencé par un compositeur mexicain répondant au nom de Colon Nancarrow, dont l’essentiel des travaux (principalement des musiques pour piano) était si difficilement jouable par un être humain, qu’il était obligé d’avoir recours à diverses machines, Uncle Meat raconte l’histoire loufoque d’un scientifique véreux (le ‘Uncle Meat’ en question) qui, aidé de son fidèle esclave Bimbo, drogue puis transforme quelques rock-musicians en mutants sanguinaires, dans l’espoir de conquérir l’univers.

D’un point de vue strictement musical, Uncle Meat se différencie des efforts passés de Zappa et de sa troupe par sa technique de montage assez particulière et notamment l’extraordinaire collage que représente le très long « King Kong », qui marque également sens dessus dessous, mais très rigoureux en définitive, leur rock est truffé d’effets sonores divers et permet la libre création d’une musique aux harmonies dissonantes. La version CD contient plus de quarante minutes d’archives, pour la plupart extraites de la bande son du film du même nom.

 

WEASELS RIPPED MY FLESH (1970)

Retour au théâtre-rock déboussolé des Mothers Of Invention, avec cet album enregistré à moitié en public (entre 1967 et 1969) et à moitié en studio. Sur scène, il est évident que cette dévastatrice horde de zigotos se plaît à jouer les amuseurs, à concocter ce qui s’avèrera par la suite n’être qu’un monumental pied de nez, une recherche de rupture avec la mise en scène sonore ambiante, une logique symbolique dans la provocation mystificatrice. Avec les nouvelles compositions, Zappa et les siens persistent et signent dans l’orgie musicale grand-guignolesque, avec cette même attitude anachronique, ce même combat contre l’abrutissement, cette même réaction vis-à-vis des effets de masse, ses éternelles prises de position par rapport aux idées toutes faites, ces légendaires propos licencieux en faveur de l’émancipation des mœurs.

 

CHUNGA’S REVENGE (1970)

Prologue avoué aux délires nombrilistes de 200 Motels, Chunga’s Revenge nous propose un Frank Zappa toujours aussi habile et turbulent dans son rôle favori de réactionnaire autodidacte. C’est avant tout un compositeur et même s’il fait preuve d’un opportunisme rare et d’une stratégie difficilement contournable, c’est en termes de composition, d’organisation et de structuration qu’il faut analyser sa grande et bruyante furia destructrice. Ne rabâche-t-il pas à longueur d’interview que quand il forme un groupe, c’est dans l’espoir de créer une sculpture vivante de personnalités qui, entre autres choses, jouent des notes de musique ?… Dans cet esprit, Chunga’s Revenge est un album de très bonne facture, même s’il n’apporte rien de fondamentalement neuf par rapport à ce qui avait été fait précédemment. Son accueil sera d’ailleurs assez mitigé, sauf en Italie et en Thaïlande où il atteindra un score digne de ses qualités intrinsèques.

 

HOT RATS (1970)

Parce que plus accessible, sans toutefois céder du terrain en ce qui concerne la folie inhérente à chacune des interventions de notre Sicilien favori, Hot Rats récoltera succès et critiques dithyrambiques de par le monde, avec pour les Etats-Unis une légère percée d’une petite semaine dans le Billboard ; et pour la Grande-Bretagne un des seuls encensements de sa carrière. Remixé à partir des bandes de l’époque, le compact-disc offre une production autrement plus musclée et un superbe « The Gumbo Variations » bonifié de quatre minutes supplémentaires (un explosif solo de saxo signé Ian Underwood). À noter également que la vamp au regard libidineux de la cover n’était autre que la baby-sitter de la petite Moon Zappa, qu’elle portait un nom à coucher dehors (Christine Frka) et que sans ses incessantes demandes, son patron n’aurait jamais signé sur son label Straight Records cet autre fêlé qu’est Alice Cooper.

 

BURNT WEENY SANDWICH (1970)

Terminant en beauté une année bien remplie (quatre LPs, quand même…), Burnt Weeny Sandwich n’est curieusement pas un album des Mothers que les spécialistes en ‘zappologie’ citent souvent comme référence. Celui-ci n’a pourtant rien à envier à ses petits camarades, puisqu’une fois de plus tous les ingrédients sont réunis pour que l’auditeur, qu’il soit fan ou novice, en prenne plein les mirettes et les cages à miel ; des facéties habituelles, à la pochette (une des plus belles), en passant par deux reprises autant obscures que délirantes (« WPLJ » et « Valarie ») et un véritable monument de bravoure, « The Little House I Use to Live In », long instrumental de près de vingt minutes, que Zappa avait l’habitude d’expédier sur scène en à peine cinq minutes et qui est ici doté d’un enchaînement de solos fracassants avec, dans l’ordre des apparitions : Ian Underwood au piano, Sugar Cane Harris au violon, Don Preston au piano et, chose suffisamment rare pour être signalée, Frank à l’orgue.

 

FILLMORE EAST, JUNE 1971 (1971)

La grande particularité des Mothers résidait dans leurs incessants changements de personnel qui, indubitablement, leur procuraient un solide métissage culturel et musical, tout en contribuant à leur indéniable force créatrice, ainsi qu’à la principale source d’originalité de leur caractère. La formation qui joue sur ce live est une des plus percutantes qu’ait connue le groupe avec, entre autres, un Ian Underwood en très grande forme, un fabuleux batteur répondant au doux nom d’Aynsley Dunbar, Don Preston (épileptique notoire qui savait faire sonner son mini-Moog comme personne au monde) et surtout Mark Volman et Howard Kaylan, qui contribuèrent énormément à l’élaboration de l’esprit fêtard déployé à l’époque, en incluant à une mise en scène très stricte divers dialogues avec le public, des concours de danse ou encore des sketches entre les différents protagonistes.

 

(À SUIVRE…)

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF (par Daniel ABK6 !)  :

  1. The Mothers Of Invention « Directly from My Heart to You » (Weasals Ripped My Flesh, 1970)

  2. Frank Zappa & The Mothers Of Invention « Sofa No.2 » (One Size fits all, 1975)

  3. Zappa / Beefheart / Mothers « Debra Kadabra » (Bongo Fury, 1975)

  4. Zappa / Mothers « Son Of Orange County » (Roxy & Elsewhere, 1974)

  5. Frank Zappa & The Mothers Of Invention « Po-Jama People » (One Size fits all, 1975)

  6. Frank Zappa « Rudy Wants To Buy Yez A Drink » (Chunga's Revenge, 1970)

  7. Frank Zappa « Cosmik Debris » (Apostrophe, 1974)

  8. Frank Zappa « Sleep Dirt » (Sleep Dirt, 1979)

  9. The Mothers Of Invention « Who Are The Brain Police » (Freak Out, 1966)

  10. Frank Zappa « Broken Hearts Are for Assholes [Live] » (Sheik Yerbouti, 1979)

 

Déjà paru :

Alice Cooper part 1 — Alice Cooper part 2 — Alice Cooper part 3 — Alice Cooper part 4 — Alice Cooper part 5 — Asherton (Johan) ;

Bad Company ("Bad Co", 1974) Balaam And The Angel BangBlackfire — Black Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) ;

CactusCaptain Beyond — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977)  ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The)

El Khatib (Hanni)

Fat ("Fat", 1970) FFSFleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail RidersHearts And Minds ("Hearts And Minds", 1990) Hoodoo Gurus ;

Kak (Kak, 1969) ;

Little Bob ("Lost Territories", 1993) London Cowboys ;

Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Mathe (Patrick) — McFadden (Eric) — Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994)

Peer Günt ;

Rave-Ups (The) Reed (Lou) ;

Sheriff (Les)Smithereens (The) — Spedding (Chris) ;

Taylor (Roger) (1/2)Taylor (Roger) (2/2)

Unforgiven (The) ("The Unforgiven", 1986) ;

Variations (Nador, 1969) 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

SEMAINE Frank Zappa (26/11 au 01/12 inclus !), Wild Turkey

 

À suivre (par ordre alphabétique, mais dans le désordre d'arrivée —et entre autres) ces prochaines semaines (et mois !!!) :

Adam & The Ants, The Angels (AUS), Art, Atomic Rooster…

Balaam and the Angel, Be-Bop Deluxe, Big Country, Blue Cheer, BoDeans, Brodie (Dan), Buffalo, Bull Angus…

The Cars, Cave (Nick), The Celibate Rifles, The Chameleons (UK), The Churchills, Concrete Blonde, The Cramps…

Dictators, Died Pretty, Dirty Ray, DMZ, Dramarama…

54.40, Fixed Up, Free, Freedom, Frijid Pink…

Georgia Satellites, Golden Smog, Grand Funk Railroad, Granicus, Grant-Lee Buffalo, The Greatest Show On Earth, Green On Red, Guadalcanal Diary, Gun (60's)…

Hanoi Rocks, Harvey (Alex), Hawkwind, Hell's Kitchen, Hiatt (John), High Tide, The Hitmen, Hooters, Husker Du…

Idle Race, Immaculate Fools…

The Jam, Jason & The Scorchers, Jellybread, Jeronimo, Jesus Volt, The J. Geils Band, The Johnnys, Josefus, Juicy Lucy… 

Kashmir (Danemark), Kid Pharaon…

Louie & The Lovers…

Masters Apprentices, McMurty (James), Modern Lovers, Mother Superior, The Move, Mungo Jerry, Music Machine…

Omar & The Howlers, The Only Ones…

Patto, Pink Fairies, The Primevals, Prince, The Proclaimers…

Quill…

The Rainmakers, Todd Rundgren…

Sam Gopal, Joe Satriani, Sharks, Shoulders, Silencers, Slade, Smack, Steamhammer, Stems, Stray…

Television, Tempest, Ten Years After, Les Thugs, T.I.M.E, Titanic, Toe Fat, T2, Tucky Buzzard, TV Smith…

UFO…

The Wallflowers, Webb Wilder, Wire Train, World Party, Steve Wynn…

The Yayhoos, Young (Neil)…

 

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