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FRANK ZAPPA PART 3 (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

28/11/2018

Qui connaissait Frank Zappa ? Existait-il au moins quelqu’un sur Terre capable d’arriver à cerner le personnage et ce qu’il nommait lui-même la « continuité conceptuelle » de son œuvre ?… Retour sur la carrière mouvementée de notre grand zazou zappeur…

 

Pour lire la première partie, ça se passe par là  et la seconde pile poil ici !

 

(…/…) 

 

En 1964, Zappa déménage pour Los Angeles, où il joue les guitaristes intérimaires au sein des Soul Giants, le temps de quelques concerts. Las d’avoir à tenir le rôle pitoyable d’ersatz de Beatles made in USA, il décide finalement d’opter pour des compositions plus personnelles et surtout beaucoup plus originales. Pour arriver à ses fins, il dévergonde la rythmique des Soul Giants : Jimmy Carl Black, un Indien Cherokee originaire du Texas, grand amateur de bière bon marché et excellent batteur dans ses rares moments de lucidité ; et Roy Estrada, un immigré mexicain qui traînait sa basse de combos éphémères en opérations suicides depuis une bonne décennie déjà.

 

Sont ensuite recrutés Captain Beefheart, toujours fidèle au poste lorsqu’il s’agit d’en brailler une petite et Motorhead Sherwood, un saxophoniste incroyable qui avait été co-locataire du « Studio Z » à une époque où couper la poire en deux arrangeait chacun des deux hommes.

 

La suite est plus connue : quelques concerts avant-gardistes en guise de rodage, un patronyme (The Mothers) trouvé le jour de la fête des mères 64 —faute de mieux— et rallongé (The Mothers Of Invention) par leur première maison de disques (Verve Records, filiale de MGM) pour éviter de choquer l’Amérique profonde (sic !) et puis, ce nom aurait pu être entendu comme une contraction de « motherfucker » !

 

Et les petits joyaux de s’enchaîner : Freak Out (1966), considéré comme le tout premier concept-album (et double de surcroît) de l’histoire du rock ; Absolutely Free (1967), patchwork kaléidoscopique garanti à haute teneur en situations changeantes et impromptues ; We’re Only in It For the Money (1967), œuvre satirique par excellence ; Lumpy Gravy (1967), première galette solo qui marque l’esquisse du fabuleux métissage à venir ; Cruisin’ With Ruben & The Jets (1968), perle nostalgique avant l’heure ; Uncle Meat (1969), où Zappa réussit enfin à canaliser ses visions les plus délirantes et décadentes ; Weasels Ripped My Flesh (1970), Chunga’s Revenge (1970), Hot Rats (1970), Burnt Weeny Sandwich (1970), etc., etc., etc., n’en jetez plus, la coupe n'est jamais assez pleine…

 

Jamais rien ni personne n’arrêta plus Frank Zappa dans ses élucubrations, aussi farfelues soient-elles, pas même ses nombreuses faillites (Straight, Bizarre…), ni les diverses affaires louches et autres procès qui régulièrement ont ponctué sa carrière. Tour à tour satirique, onirique, provocateur, ambigu, son profil était définitivement celui d’un génie de la polyvalence unique en son genre, à la fois réfléchi et fonceur, hostile à toutes concessions mais hors de portée des différentes affres du système. Un bon quart de siècle s’est écoulé entre la bombe Freak Out et le décès de notre homme, mais jusqu’au bout du bout l’œil de notre auteur-compositeur pétillait toujours (et ce, malgré le cancer qui le rongeait) avec autant de malice et il n’avait perdu ni son sens du mépris, ni cet acharnement avec lequel il entreprenait sans cesse de pervertir les trompes d’Eustache de tout un chacun. 

 

Bien évidemment, le Zappa de la cinquantaine n’était plus le jeune hurluberlu qu’il avait été à ses débuts et ses parutions studio ainsi qu’à ses prestations scéniques se sont peu à peu espacées au profit d’un imbroglio de bidouillages —dont lui seul avait le secret— et d’une impressionnante liste d’albums live, avec notamment la célèbre série You Can’t Do That Onstage Anymore qui ne comporte pas moins de six double-CDs, parfait témoignage de son éternel souci de parasitage sonore, de son légendaire dilettantisme et des talents conjugués de musiciens provenant d’horizons variés.

 

Signalons en vrac les exploits de Steve Vai (qu’on ne présente plus), Stuart Hamm (LE bassiste qu’on a surtout remarqué plus tard sur scène avec Joe Satriani), George Duke, Jean-Luc Ponty, Terry Bozzio, Mark Volman et Howard Kaylan (tous deux d’anciens Turtles), Yoko Ono, Peter Wolf, Adrian Belew (futur Talking Heads, King Crimson), Ian Underwood ou encore Pierre Boulez, qui dirigea plusieurs œuvres avec l’Ensemble Intercontemporain, pour ne citer que les exemples les plus représentatifs…

 

La dernière poignée d’années avant sa mort, Zappa avait consacré pratiquement la totalité de son précieux temps à la réédition de sa discographie complète en disques laser, remixant par-ci avec son fidèle complice Bob Stone ou en rajoutant quelques inédits par-là, ce qui, vous vous en doutez bien, avait de quoi ravir les nombreux fans du maître qui étaient jusqu’alors obligés de débourser des sommes délirantes pour s’approprier le moindre de ses inestimables chef-d’œuvres. Et pour cause, la plupart étaient introuvables sur le marché depuis une éternité.

 

Furent ainsi disponibles plus d’une cinquantaine de références, soit presque la totalité de la carrière en dents de scie de cet incomparable fou, dont les voies étaient décidément impénétrables et dont l’ensemble des œuvres est comparable à un labyrinthe à la complexité arachnéenne et à la palette émotive tout aussi déroutante.

 

Providentiel à plus d’un titre, Zappa a écrit l’un des chapitres de l’histoire de la musique actuelle les plus chargés qui soient et restera encore longtemps dans nos esprits un prophète imprévisible, un « Grand zazou zappeur » comme on avait pris l’habitude de l’appeler, orfèvre en matière d’expérimentations qui outrepassent toutes classifications et autres étiquettes chères aux scribouillards de la presse, le pirate mégalomane d’une société basée sur les inepties les plus suffocantes et les lieux communs les plus absurdes.

 

Frank Zappa n’était pas de ce monde, il n’a jamais pu se fondre dans la masse. Seule une étude séparée de chacun de ses disques peut arriver à transpercer partiellement l’aura immatérielle qui entourait son enveloppe charnelle. Et encore, il y a tant de mystères à élucider, tant de questions restées sans réponses, tant de perversions qui l’habitaient, que personne au monde —pas même lui lorsqu’il était vivant— ne semble en mesure de pouvoir y faire le ménage.

 

En toute modestie et sans vouloir jouer les démagogues, ce à quoi nous vous convions demain et jusqu'à samedi inclus, c’est une simple visite, en trois parties donc et une quarantaine d’étapes, de cet univers bariolé et ravageur. Alors installez-vous confortablement dans votre fauteuil favori, préparez-vous aux pires excès —parce que ça décoiffe sauvagement— et surtout n’oubliez pas notre cri de ralliement : « Viva Zappa !! »…

 

(À SUIVRE…)

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF (par Daniel ABK6 !)  :

  1. Frank Zappa « Elvis Has Just Left The Building » (Broadway The Hard Way, 1988)

  2. Zappa / Mothers « Pygmy Twylyte » (Roxy & Elsewhere, 1974)

  3. Frank Zappa & The Mothers Of Invention « Andy » (One Size fits all, 1975)

  4. Zappa / Beefheart / Mothers « 200 Years Old » (Bongo Fury, 1975)

  5. The Mothers Of Invention « Big Leg Emma » (Absolutly Free, 1967)

  6. Zappa « Chunga's Revenge » (Buffalo, 2007)

  7. Frank Zappa & The Mothers « Motherly Love » (Over-Nite Sensation, 1972)

  8. The Mothers Of Invention « Crew Slut » (Freak Out, 1966)

  9. Frank Zappa « Outside Now » (Broadway The Hard Way, 1988)

  10. Frank Zappa « Stink-Foot » (Apostrophe, 1974)« Camarillo Brillo » (Over-Nite Sensation, 1972)

 

Déjà paru :

Alice Cooper part 1 — Alice Cooper part 2 — Alice Cooper part 3 — Alice Cooper part 4 — Alice Cooper part 5 — Asherton (Johan) ;

Bad Company ("Bad Co", 1974) Balaam And The Angel BangBlackfire — Black Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) ;

CactusCaptain Beyond — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977)  ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The)

El Khatib (Hanni)

Fat ("Fat", 1970) FFSFleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail RidersHearts And Minds ("Hearts And Minds", 1990) Hoodoo Gurus ;

Kak (Kak, 1969) ;

Little Bob ("Lost Territories", 1993) London Cowboys ;

Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Mathe (Patrick) — McFadden (Eric) — Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994)

Peer Günt ;

Rave-Ups (The) Reed (Lou) ;

Sheriff (Les)Smithereens (The) — Spedding (Chris) ;

Taylor (Roger) (1/2)Taylor (Roger) (2/2)

Unforgiven (The) ("The Unforgiven", 1986) ;

Variations (Nador, 1969) 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

SEMAINE Frank Zappa (26/11 au 01/12 inclus !), Wild Turkey

 

À suivre (par ordre alphabétique, mais dans le désordre d'arrivée —et entre autres) ces prochaines semaines (et mois !!!) :

Adam & The Ants, The Angels (AUS), Art, Atomic Rooster…

Balaam and the Angel, Be-Bop Deluxe, Big Country, Blue Cheer, BoDeans, Brodie (Dan), Buffalo, Bull Angus…

The Cars, Cave (Nick), The Celibate Rifles, The Chameleons (UK), The Churchills, Concrete Blonde, The Cramps…

Dictators, Died Pretty, Dirty Ray, DMZ, Dramarama…

54.40, Fixed Up, Free, Freedom, Frijid Pink…

Georgia Satellites, Golden Smog, Grand Funk Railroad, Granicus, Grant-Lee Buffalo, The Greatest Show On Earth, Green On Red, Guadalcanal Diary, Gun (60's)…

Hanoi Rocks, Harvey (Alex), Hawkwind, Hell's Kitchen, Hiatt (John), High Tide, The Hitmen, Hooters, Husker Du…

Idle Race, Immaculate Fools…

The Jam, Jason & The Scorchers, Jellybread, Jeronimo, Jesus Volt, The J. Geils Band, The Johnnys, Josefus, Juicy Lucy… 

Kashmir (Danemark), Kid Pharaon…

Louie & The Lovers…

Masters Apprentices, McMurty (James), Modern Lovers, Mother Superior, The Move, Mungo Jerry, Music Machine…

Omar & The Howlers, The Only Ones…

Patto, Pink Fairies, The Primevals, Prince, The Proclaimers…

Quill…

The Rainmakers, Todd Rundgren…

Sam Gopal, Joe Satriani, Sharks, Shoulders, Silencers, Slade, Smack, Steamhammer, Stems, Stray…

Television, Tempest, Ten Years After, Les Thugs, T.I.M.E, Titanic, Toe Fat, T2, Tucky Buzzard, TV Smith…

UFO…

The Wallflowers, Webb Wilder, Wire Train, World Party, Steve Wynn…

The Yayhoos, Young (Neil)…

 

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