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BALAAM AND THE ANGEL (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

23/11/2018

Il est reconnu que la personnalité et le caractère de chaque individu sont forgés de différents composants, en particulier le patrimoine culturel légué par la famille —même si cela implique de venir percuter les belles certitudes d'un père peu ouvert pour la chose rock, par exemple. Hé bien, si l’on s’intéresse au cas des trois frères Morris (Mark, chant et basse, Jim, guitare, et Des, batterie), il y a, croyez-moi, de quoi s’interroger sur les deux énergumènes qui leur servent de parents… 

 

De concertos en biberons mineurs et symphonies pour école buissonnière, pas étonnant qu’en 1984 nos Morris bros, inséparables comme les trois pièces de mon organe reproducteur, se décident à se lancer dans le projet Balaam & The Angel. Malheureusement, comme pour la plupart des combos qui débutent, les concerts ne sont pas monnaie courante et les labels refusent de leur ouvrir les portes. 

 

Suite à ce désintérêt général, et sachant pertinemment que les premières parties sont plus facilement négociables avec l’appui d’un 45 tours, et que les maisons de disques ne signent un groupe qu’après l’avoir vu évoluer sur scène pour mieux le juger, Jim, Des et Mark cassent leurs tirelires respectives et montent leur propre affaire, Chapter 22 (à l'époque distribué par Virgin, tout de même).

 

Nous les retrouvons ainsi tout au long de l'année 1985, pour la parution à intervalles réguliers de quatre petites perles d’un pop rock fort en gueule et riche en rebondissements, « World of Light », « Love Me », « Isabella’s Eyes » et le sublime « Day and Night », assimilé à tort au mouvement gothique alors en pleine effervescence en Grande-Bretagne. 

 

La même année, lors de leur tournée commune avec The Cult (auxquels ils font irrémédiablement penser, aujourd'hui, maintenant que trois bonnes décennies se sont écoulées), ils ont beau se présenter tout de blanc vêtus pour bien se démarquer, rien à faire, les fans de gothic rock les plus bornés continueront de faire de Balaam & The Angel leur outsider number one —ce qui, finalement, a plutôt été positif au groupe, commercialement parlant, même s'il s'est toujours senti en décalage. 

 

En 86, avec son premier album The Greatest Story Ever Told, notre trio s’écarte encore plus du chemin qu’on leur prédestinait, en choisissant un discours plus philosophique et une musique désormais plus psychédélique, mais toujours aussi 'pop friendly'. Les goths désertent le navire et les non goths restants (croyant que le groupe est une émanation de sous-goths, vous suivez ?) préfèrent aborder les musiques rock par leur plus petite lorgnette, le classic rock. C’est le bide.

 

Parmi la population anglaise, heureusement, il n’y a pas que des gens compliqués. Subtilement appelé la « Sperm Bank » (!), un noyau de fans purs et durs commence à exister. Cela n’empêchera pas « She knows » (enregistré à la même époque que « Days and Night ») et « Showdown » d’être tous deux des flops retentissants. Pourtant, ces deux 45 tours sont à l’image de ce The Greatest Story Ever Told : inventifs, racés et généreux.

 

Sur ce premier essai, intros et refrains sont particulièrement travaillés : « Never End », « Light of the World », « Warm Again », la guitare rythmique est en retrait et les solos planants et acides : « New Kind of Love », « Nothing There at All ». Cet ensemble intéressant, mais parfois terne, est appuyé, aux moments opportuns, par quelques cuivres qui apportent un peu de chaleur et de relief : « Slow Down », « Don’t Look Down »

 

Ce disque sortira aux États-Unis en 87, sur Virgin America, avec une sublime pochette noire et blanche, beaucoup plus dans l’esprit du groupe que celle, laide et anodine, dont il est affublé en Europe. Malgré un échec cuisant, les frères Morris décident tout de même de tourner en Europe. Curieusement, ils évoluent au gré de leurs prestations, dans une optique au fur et à mesure de plus en plus rock (exactement comme The Cult sur la même période, amusant parallélisme). 

 

Mark : « Au début, nous étions influencés par tout un tas de choses psychédéliques, de Jimi Hendrix à Psychic TV. Je crois qu’il nous a fallu atteindre notre maturité et nous rendre compte de ce que nous voulions faire réellement. C’est naturellement que nos concerts sont devenus de plus en plus rock. Par comparaison, tout ce côté alternatif commençait sérieusement à nous ennuyer. Alors on s’est dit que quelque chose n’allait pas. Nous avions pris une voie, puis nous avons fait machine arrière et en avons repris une autre… »

 

Dilemme dites-vous ? Point du tout. Live Free or Die, le second album (Virgin, 1988), met admirablement et définitivement les points sur les ‘i’. Finis les chichis, bienvenue au gros son ! Exit les comparaisons abusives avec certains groupes britanniques, n’est-ce pas Mark ? 

 

Mark : « Nous commencions à en avoir marre de toutes ces soi-disant analogies avec The Cult et The Mission, mais les comparaisons persistaient, toujours et encore. Alors, nous avons fait cet album comme nous le sentions, quitte à en subir les conséquences. Nous aurions dû avoir le courage de faire cela depuis bien longtemps déjà. »

 

Jim : « Nous avons toujours été amis avec les membres de Cult, et sans vouloir leur porter préjudice, je tiens à préciser que, dans un certain sens, nous n’avons pas toujours bénéficié des retombées médiatiques ou autres, de choses dont nous étions les instigateurs. Pour parler plus clairement, quand nous avons tourné avec eux, ils venaient de sortir Dreamtime qui était un album essentiellement gothic rock. À cette époque, nous étions en plein trip psychédélique, c’est tout de même bizarre qu’ensuite ils enregistrent Love… »

Mark : « Ce n’est pas aussi simple que cela, disons que nous nous sommes influencés mutuellement, cela arrive tous les jours. »

 

Live Free Or Die, dont les deux éclaireurs « I Love the Things You Do To Me » et « I’ll Show You Something Special » n’arrivent pas à percer dans les charts anglais, sort d’abord aux États-Unis, où le Balaam espère bien réussir, avant de contre-attaquer at home. Une mini-tournée de 13 dates, ironiquement baptisée Never Mind The Product, Here’s The Band Tour, est programmée au Royaume-Uni avant ce fameux départ à la conquête de l’Ouest.

 

Jim : « Nous avons décidé de partir aux États-Unis, afin de travailler à fond l’album, suite aux faibles réponses sur les ondes de nos singles. « I Love… » n’a bénéficié que d’un passage sur la radio nationale, et « I’ll Show You… » seulement deux. Nous n’avions plus qu’à nous résigner : pourquoi s’évertuer à sortir des 45 tours qui ne seraient pas écoutés ? »

 

Mark : « Nous avons tellement ramé en Angleterre pour si peu… Nous avions atteint un certain niveau et pas possible de passer au stade supérieur. Nous avons pensé qu’un succès à l’étranger pourrait nous remettre en selle. Nous avions besoin de faire un carton aux States, avant de rentrer chez nous, en vainqueurs. »

 

Pari réussi. Les Américains se souciant plus de la qualité musicale que du style accueillent Balaam & The Angel à bras ouverts. Live Free or Die caracole immédiatement jusqu’à la quatorzième place du Billboard et le single « I Love… » suit et atteint sans peine la quinzième position des meilleures ventes. Le groupe est présent sur toutes les stations radios, il est en tête de nombreux charts universitaires, et apparaît chaque jour sur la célèbre chaîne M.T.V. Une nouvelle recrue arrive, il s’agit du guitariste Ian McKean (ex-Twenty Five Rockers). 

 

Mark : « La venue de Ian nous a apporté énormément, désormais je pouvais me placer au milieu de la scène ! (rires) Après l’enregistrement de Live Free Or Die, nous nous sommes aperçus que pour rendre plus crédibles nos nouvelles compositions sur scène, il nous fallait un autre guitariste. Et puis, il a contribué activement à l’amélioration de nos morceaux, nous avions fait le bon choix. »

 

Finalement, cette tournée nord-américaine dure plus de quatre mois. Une bonne moitié s’enchaîne en support de diverses formations : Midnight Oil, L.A. Guns, The Mission, Kiss, Iggy Pop, Nazareth et Zodiac Mindwarp, le reste est accompli en tête d’affiche. Fort de cette triomphale percée, Balaam & The Angel enregistre illico presto son troisième album, Days of Madness, aux studios Alpha & Omega de San Francisco.

 

Jim : « Nous voulions absolument enregistrer aux États-Unis, c’est le meilleur endroit pour ressentir les vibrations nécessaires à l’élaboration d’un album rock. En Angleterre, il n’y a pas ce feeling, ça fait toujours un peu toc. Ce n’est pas la même ambiance à San Francisco. Il y a des gens qui viennent pendant les sessions, c’est bon pour le moral, on a envie de donner le meilleur de soi-même. »

 

Notre quatuor pense alors à l’Europe et tout particulièrement à la Grande-Bretagne, où ils avaient à prendre une sacrée revanche. Certains groupes qui ouvraient jadis pour eux étaient devenus plus populaires : Fields Of The Nephilim, All About Eve

 

Mark : « Nous ne voulions pas nous baser aux États-Unis. Les Américains sont stupides et puis j’ai horreur de leur bouffe ! J’aime l’Angleterre, même si le soleil ne brille pas trop (il pourrait faire un effort de temps à autre !). Chez nous, toutes les villes ne se ressemblent pas, et bien que peu nombreux, nos fans étaient dévoués corps et âme à notre cause ».

 

Jim : « Les Américains cherchent avant tout à définir si tu es bon ou pas. À l’inverse des Européens, ils ne font pas de fixation à propos de la classification des styles. En Europe, il faut transgresser une multitude de barrières bâties sur des préjugés. Notre comparaison avec les débuts du Cult était un classique british. Le plus gros problème, c'était de faire comprendre aux maisons de disques que les groupes ont besoin d’un soutien positif et constructif. »

 

Mark : Oui, il faut du temps pour arriver au top niveau, et sans appui financier c’est pratiquement impossible. En Angleterre, un combo se doit d’avoir un hit dès son premier album, c’est sa seule chance de continuer, sinon toutes les portes se referment. Faire un tube du jour au lendemain, ce n’est pas évident et beaucoup de formations splittent avant même d’avoir pu développer leur style. Il y avait aussi cette satanée Radio One, qui passait à longueur de journée des rengaines vieilles de dix ou quinze ans. Il n’y avait pas la moindre radio rock. Les groupes alternatifs n'avaient pas tous ces problèmes, puisque par définition ils se veulent anti-commerciaux, mais cela impliquait qu'ils ne pouvaient jamais vivre de leur musique en restant chez un indépendant. Dans l’affaire, où étaient les gagnants ?… »

 

Le label Virgin avait-il, oui ou non, retenu la leçon ? Très prometteur, Balaam & The Angel semblait avoir sa place parmi les futurs groupes de rock stars des années 90, mais il n'en sera rien.

 

Mark : « Ce qu'on a essayé de faire avec Days of Madness, c'est rendre les performances de chacun bien distinctes. Auparavant, nous avions essayé de cacher nos carences techniques, par le biais d’un son sur-saturé. Un peu comme dans The Greatest story le contenu des textes de Days of Madness était beaucoup plus personnel que celui de Live Free or Die. En fait, nous voulions que le public interprète Days of Madness comme étant l’accouplement des meilleurs éléments de tout ce que nous avions fait précédemment. »

 

Malheureusement, la fabuleuse histoire du prophète Balaam et de son ange fut freinée dans son élan puis carrément stoppée quasi net, l'album ne récoltant pas du tout le succès escompté. Les désillusions devenant par ailleurs trop prégnantes, les doutes ont commencé à s'installer profondément, surtout après que le groupe fut éjecté du catalogue Virgin. 

 

En 1991 sortira un mini-album six titres, sous le simple nom de Balaam, vague écho à leur power rock antérieur, d'où l'on remarque surtout le titre d'ouverture, "Shame On You" ; "Shame On You" qui, deux ans plus tard, ouvrira aussi l'album (11 titres cette fois-ci, dont les 6 mêmes !) Prime Time, leur dernier, sorti sur le label indépendant de hard rock Bleeding Hearts Records (Tormé, Killers, Venom, Reign…). Et puis, plus rien et plus jamais aucune nouvelle des frangins Morris. 

 

Christophe Goffette 

www.goofprod.com

 

 

DISCOGRAPHIE   :

 

Sun Family (1985) **1/2

The Greatest Story Ever Told (1986) ***1/2

Live Free Or Die (1987) **** 

— Days Of Madness (1989) **** — À ÉCOUTER EN PRIORITÉ

No More Innocence (1991) *** 

Prime Time (1993) ***

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF  :

  1. Balaam And The Angel « Don’t Want Your Love » (Days Of Madness, 1989)

  2. Balaam And The Angel « Live Free Or Die » (Live Free Or Die, 1987)

  3. Balaam And The Angel « Shame On You » (No More Innocence, 1991 + Prime Tme, 1993)

  4. Balaam And The Angel « Heartbreaker » (Days Of Madness, 1989)

  5. Balaam And The Angel « Running Out Of Time » (Live Free Or Die, 1987)

  6. Balaam And The Angel « Did You Fall (Or Were You Pushed ?) » (Days Of Madness, 1989)

  7. Balaam And The Angel « Prime Time » (Prime Tme, 1993)

  8. Balaam And The Angel « Two Days Of Madness » (Days Of Madness, 1989)

  9. Balaam And The Angel « I’ll Show You Something Special » (Live Free Or Die, 1987)

  10. Balaam And The Angel « I Took A Little » (Days Of Madness, 1989)

 

Déjà paru :

Alice Cooper part 1 — Alice Cooper part 2 — Alice Cooper part 3 — Alice Cooper part 4 — Alice Cooper part 5 — Asherton (Johan) ;

BangBlackfire — Black Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) ;

CactusCaptain Beyond — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977)  ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The)

El Khatib (Hanni)

FFSFleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail RidersHearts And Minds ("Hearts And Minds", 1990) Hoodoo Gurus ;

Kak (Kak, 1969) ;

Little Bob ("Lost Territories", 1993) London Cowboys ;

Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Mathe (Patrick) — McFadden (Eric) — Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994)

Peer Günt ;

Rave-Ups (The) Reed (Lou) ;

Sheriff (Les)Smithereens (The) — Spedding (Chris) ;

Taylor (Roger) (1/2)Taylor (Roger) (2/2)

Unforgiven (The) ("The Unforgiven", 1986) ;

Variations (Nador, 1969) 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

Bad Company "Bad Co" (24/11), Fat "Fat" (25/11), SEMAINE Frank Zappa (26/11 au 01/12 inclus !), Wild Turkey

 

À suivre (par ordre alphabétique, mais dans le désordre d'arrivée —et entre autres) ces prochaines semaines (et mois !!!) :

Adam & The Ants, The Angels (AUS), Art, Atomic Rooster…

Balaam and the Angel, Be-Bop Deluxe, Big Country, Blue Cheer, BoDeans, Brodie (Dan), Buffalo, Bull Angus…

The Cars, Cave (Nick), The Celibate Rifles, The Chameleons (UK), The Churchills, Concrete Blonde, The Cramps…

Dictators, Died Pretty, Dirty Ray, DMZ, Dramarama…

54.40, Fixed Up, Free, Freedom, Frijid Pink…

Georgia Satellites, Golden Smog, Grand Funk Railroad, Granicus, Grant-Lee Buffalo, The Greatest Show On Earth, Green On Red, Guadalcanal Diary, Gun (60's)…

Hanoi Rocks, Harvey (Alex), Hawkwind, Hell's Kitchen, Hiatt (John), High Tide, The Hitmen, Hooters, Husker Du…

Idle Race, Immaculate Fools…

The Jam, Jason & The Scorchers, Jellybread, Jeronimo, Jesus Volt, The J. Geils Band, The Johnnys, Josefus, Juicy Lucy… 

Kashmir (Danemark), Kid Pharaon…

Louie & The Lovers…

Masters Apprentices, McMurty (James), Modern Lovers, Mother Superior, The Move, Mungo Jerry, Music Machine…

Omar & The Howlers, The Only Ones…

Patto, Pink Fairies, The Primevals, Prince, The Proclaimers…

Quill…

The Rainmakers, Todd Rundgren…

Sam Gopal, Joe Satriani, Sharks, Shoulders, Silencers, Slade, Smack, Steamhammer, Stems, Stray…

Television, Tempest, Ten Years After, Les Thugs, T.I.M.E, Titanic, Toe Fat, T2, Tucky Buzzard, TV Smith…

UFO…

The Wallflowers, Webb Wilder, Wire Train, World Party, Steve Wynn…

The Yayhoos, Young (Neil)…

 

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