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ROGER TAYLOR part 1 (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

07/11/2018

Même si sa carrière de façade et donc comment il est et a été de prime abord perçu par le grand public fut celle du mister Tambourine Man attitré de Queen, Roger Taylor, bien que clairement au service de sa majesté, a rapidement pris la bonne habitude de faire le mur, histoire d'expérimenter ses propres fantasmes (et fantaisies aussi) musicaux. 

 

Déjà, rappelons que dans l'œuvre de Queen, la collaboration de Roger Taylor ne s'est jamais limitée à la seule tâche de batteur. Ce n'est pas le type qui vient, s'assied tranquillement derrière les fûts, fait son boulot et repart aussitôt après. Lui est plutôt un perfectionniste tatillon doublé d'un invétéré stakhanoviste. Non seulement maîtrise-t-il son instrument de la manière la plus sûre qui soit, mais en plus tâte-t-il plus ou moins furtivement à tout ce qui possède touches ou interrupteurs et de manière plus approfondie encore les manches en bois d'arbre munis de quatre, six ou douze cordes. Et ce n'est pas tout, Roger a aussi trouvé le temps de se dégourdir les cordes vocales, de s'intéresser à la production et de composer à la fois pour notre chère altesse et pour ses escapades, aussi bien sous son nom qu'avec The Cross.

 

Sur les cinq premiers albums de Queen, les compositions de Roger Taylor étaient limitées à une par réalisation. Dans Queen (1973), on trouve "Modern Times Rock'n'Roll", un rock plutôt court sur pattes et rentre-dedans, pas vraiment original mais, disons, fonctionnel. L'année suivante, où sort Queen II, Roger réitère avec "The Loser In The End" en fin de face A (appelée "side white", par opposition à la B, "side black), co-écrit avec Brian May, le guitariste. Ensemble, ils forment la section dure de Queen et ce n'est certainement pas la guitare sursaturée et bordélique de ce morceau qui viendra contredire cet état de faits.

 

Dans Sheer Heart Attack, toujours en 74, les progrès évidents de Queen vont de paire avec ceux de son cogneur. Avec "Tenement Funster", il démontre qu'il sait tenir un tempo, sans en mettre partout, dans le respect le plus pur de la mélodie. Les paroles, quant à elles, sont rock jusqu'au bout des syllabes : "Oh give me a good guitar, and you can say that my hair's a disgrace". Sur ce même album, Taylor coopère vaguement à la construction de "Stone Cold Crazy", un hard rock basique sublimé par le génie de nos quatre britanniques. 

 

Une nouvelle année s'écoule et voilà que déboule la perle d'entre les perles, le divin A Night At The Opera où, comme à son habitude, Roger nous pond sa petite livraison personnelle, "I'm In Love With My Car" et son étrange intro qui ressemble plutôt à un final. Celle-ci est dédiée à Jonathan Harris, un coureur automobile professionnel mort sur la route. 

 

Roger chante toujours ses propres chansons en lead, parfois épaulé de Freddie Mercury, voire carrément des quatre voix en harmonie et à l'unisson. En 76, il passe à la vitesse supérieure, en s'accompagnant à la guitare et/ou à la basse. Ce sera le cas avec "Drowse", une superbe ballade présente sur le cinquième album de sa seigneurie, A Day At The Races (1976) et sur lequel donc il nous permet pour la première fois d'apprécier sa belle maîtrise de la gratte.

 

À partir de 77 et News Of The World, le sieur Taylor double la cadence et nous offre désormais deux titres de son cru par disque. La bombe "Sheer Heart Attack" (ici le morceau) vient se fracasser contre nos tympans à 200 à l'heure, pour s'arrêter aussi brutalement qu'elle avait débuté. Quant à "Fight From The Inside", c'est un titre plus tempéré dans la veine de ce à Queen nous a habitué, mais au final les deux sont complémentaires et ont la même teneur en valeur ajoutée à un ensemble pourtant déjà particulièrement étincelant.

 

Avec Jazz, qui pointe le contour de son vinyle en 78, notre homme se concentre exclusivement sur les rythmes. "Fun It" en est le parfait exemple, avec un mixage de la batterie très en avant, loin devant une guitare lancinante qui se prélasse presque paisiblement. La seconde composition tayloriste (oups !) de cette excellente cuvée queenienne (hips !) n'est autre que l'inoubliable "More Of That Jazz" qui empile des petits extraits des autres plages de l'album, pour un gimmick amusant et sans précédent dans l'histoire de la rock music.

 

En 1980, l'album The Game est un poil décevant (mais il faut voir à combien de chefs d'œuvre il succède), tandis que les compositions signées Roger Taylor sont toujours d'égale qualité, que ce soit "Rock It (Prime Jive)", réponse électrique à "Fun It" ; ou "Coming Soon", qui bénéficie, à nouveau, d'une batterie superstar.

 

Mais ça n'est pas tout, se considérant aussi parfois comme un poor lonesome drummer et porté par une imagination et un besoin de créer de plus en plus débordants, notre homme aimerait bien s'écarter un tant soit peu du schéma trop classique (à son goût) lié à Queen et s'amuser un peu plus. À cet effet, il fonce à Montreux, en Suisse, en 81, pour mettre en boite son premier album solo, Fun In Space.

 

Comme son nom l'indique (et sa pochette encore plus !), l'album est placé sous le signe de la fiction et plus particulièrement du space opera. La pochette intérieure précise la pensée de son auteur : "A new series of short unearthly tales". Sans aucune pression, ni même de cible commerciale bien définie ou d'un quelconque besoin de retour sur investissement, Roger Taylor s'éclate comme un petit fou, composant, jouant et produisant la totalité des morceaux, à la seule exception de son ami David Richards, qui lui file un coup de paluche pour les parties de synthé trop complexes à son goût. 

 

Les plus perspicaces auront noté que double impasse a été faite, et sur Hot Space, et sur la B.O. de Flash Gordon. Hé bien, oui, impassons à la suite même, épicétou.

 

En 1982, avec "Radio Gaga" extrait de l'album The Works, Roger engendre son tout premier hit pour Queen (ce qui me fait dire qu'enfin Taylor was rich). Son intérêt pour les rythmes s'y retrouve décuplé, mais il semble également de plus en plus attiré par les possibilités offertes par l'électronique, sans doute un écho de son expérience avec Fun In Space où déjà il avait testé et essayé un peu tous les trucages et autres effets spéciaux qui lui passaient par la caboche. 

 

Son approche est sincère et, de fait, il n'y a pas grand-chose à redire, mais les fans de la première heure, ceux des envolées lyriques hard glam, font néanmoins la moue. Né d'un autre travail en commun avec Brian May, "Machines (Or Back To Humans)" est assez curieux, presque expérimental, une espèce de valse-hésitation (clairement maitrisée et réussie) entre l'usage de l'électronique d'une part, et des riffs particulièrement rentre-dedans d'autre part.

 

Après un nouveau marathon mondial, inoubliable autant que triomphal, en compagnie de ses trois compères et amis, Roger Taylor décide de s'offrir une nouvelle facétie en solitaire. Il reprend ainsi le chemin des célèbres Mountain Studios de Montreux, avec comme partenaires le fidèle David Richards, mais aussi Mack, déjà connus pour leur participation à différents ouvrages de Queen. 

 

Dès les premiers instants de Strange Frontier, ce second album solo, on saisit d'emblée la différence musicale entendue dans Fun In Space. Dans son ensemble, l'œuvre est plus classique, plus universelle, en un mot plus abordable. En prime, nous avons droit à deux reprises, et pas des moindres, avec "Racing In The Street" de Bruce Springsteen et dans la foulée "Masters Of War", un classique de Bob Dylan et un grand millésime, 1963.

 

EN 1985, "A Kind Of Magic" s'empare des ondes FM et résonne aux quatre coins de la planète. Le clip, quant à lui, est visible sur tous les tubes cathodiques (non, les télévisions n'ont pas toujours été plates !). C'est la consécration ultime pour Roger Taylor le compositeur et ses poches se remplissent en conséquence. Bonjour les royalties, veuillez suivre les flèches, merci ! 

 

Sur le même album, on trouve aussi le moins connu "Don't Loose Your Head" (composé comme son titre l'indique pour le film Highlander), avec son intro de batterie plutôt alléchante quand, soudain, une nappe de claviers putrides vient gâcher tout le plaisir en gestation, que même les apparitions guitaristiques furibondes de May n'arriveront pas à faire oublier.

 

[à suivre…]

 

Christophe Goffette

© Photos Da Goof

www.goofprod.com

 

 

DISCOGRAPHIE SOLO : 

 

— Fun In Space  (1981) ****— À ÉCOUTER EN PRIORITÉ 

— Strange Frontier (1984) ***1/2

— Happiness ? (1994) ****

— Electric Fire (1998) ***

— Fun On Earth (2013) ***

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF  :

  1. Roger Taylor « No Violins » (Fun In Space, 1981)

  2. Roger Taylor « Racing In The Streets » (Strange Frontier, 1984)

  3. Roger Taylor « Touch The Sky » (Happiness ?, 1994)

  4. Roger Taylor « Working Class Hero » (Electric Fire, 1998)

  5. Roger Taylor « Nazis 1994 » (Happiness ?, 1994)

  6. Roger Taylor « Let’s Get Crazy » (Fun In Space, 1981)

  7. Roger Taylor « Strange Frontier » (Strange Frontier, 1984)

  8. Roger Taylor « No More Fun » (Electric Fire, 1998)

  9. Roger Taylor « Good Times Are Now » (Fun In Space, 1981)

  10. Roger Taylor « Freedom Train » (Happiness ?, 1994)

 

Déjà paru :

BangBlackfire — Black Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) ;

CactusCaptain Beyond — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977)  ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The)

Fleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail Riders Hoodoo Gurus ;

Kak (Kak, 1969) ;

London Cowboys ;

Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994)

Peer Günt ;

Rave-Ups (The) Reed (Lou) ;

Sheriff (Les)Smithereens (The) — Spedding (Chris) ;

Variations (Nador, 1969) 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

Roger Taylor (Queen) part 2 (08/11), Eric McFadden (09/11), "Lost Territories" de Little Bob (10/11), "The Unforgiven" de The Unforgiven (11/11), Alice Cooper (Group) (12 au 15/11 inclus !), The Rolling Stones (l'envers du décor !) (16/11), "The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars" de David Bowie (17/11), "Hearts & Minds" de Hearts & Minds (18/11), Wild Turkey (19/11), FFS (Franz Ferdinand + Sparks) (20/11), …

 

À suivre (par ordre alphabétique, mais dans le désordre d'arrivée —et entre autres) ces prochaines semaines (et mois !!!) :

Adam & The Ants, The Angels (AUS), Art, Asherton (Johan), Atomic Rooster…

Balaam and the Angel, Be-Bop Deluxe, Big Country, Blue Cheer, BoDeans, Brodie (Dan), Buffalo, Bull Angus…

The Cars, Cave (Nick), The Celibate Rifles, The Chameleons (UK), The Churchills, Concrete Blonde, The Cramps…

Dictators, Died Pretty, Dirty Ray, DMZ, Dramarama…

54.40, Fixed Up, Free, Freedom, Frijid Pink…

Georgia Satellites, Golden Smog, Grand Funk Railroad, Granicus, Grant-Lee Buffalo, The Greatest Show On Earth, Green On Red, Guadalcanal Diary, Gun (60's)…

Hanoi Rocks, Harvey (Alex), Hawkwind, Hell's Kitchen, Hiatt (John), High Tide, The Hitmen, Hooters, Husker Du…

Idle Race, Immaculate Fools…

The Jam, Jason & The Scorchers, Jellybread, Jeronimo, Jesus Volt, The J. Geils Band, The Johnnys, Josefus, Juicy Lucy… 

Kashmir (Danemark), Kid Pharaon…

Louie & The Lovers…

Masters Apprentices, McMurty (James), Modern Lovers, Mother Superior, The Move, Mungo Jerry, Music Machine…

Omar & The Howlers, The Only Ones…

Patto, Pink Fairies, The Primevals, Prince, The Proclaimers…

Quill…

The Rainmakers, Todd Rundgren…

Sam Gopal, Joe Satriani, Sharks, Shoulders, Silencers, Slade, Smack, Steamhammer, Stems, Stray…

Television, Tempest, Ten Years After, Les Thugs, T.I.M.E, Titanic, Toe Fat, T2, Tucky Buzzard, TV Smith…

UFO…

The Wallflowers, Webb Wilder, Wire Train, World Party, Steve Wynn…

The Yayhoos, Young (Neil)…

Frank Zappa…

 

À venir également sur Radio Perfecto :

— 10/11 : retransmission du concert de Little Bob & The Blues Bastards depuis le Magic Mirrors du Havre.

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