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THE RAVE-UPS (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

05/11/2018

Certains groupes construisent leur univers musical sur un amalgame d'influences disparates, d'ailleurs pas nécessairement conscientes, ou alors par rapport à divers critères commerciaux, alors que d'autres puisent simplement dans leurs bases et racines, leur transposition musicale se résumant à première vue à un quelconque travail de sonico-photocopieur ventriloque. 

 

Cette catégorie apparaît de prime abord comme la moins intéressante, mais y appliquer une quelconque généralité forcément unilatérale serait sans compter sur la méticulosité, le charme et l'empathie de quelques gangs de bouseux locaux (l'appellation n'est pas péjorative sous ma plume, je précise). Qu'auraient pu être par exemple Jason et sa bande d'écorcheurs s'ils avaient vécu et grandi ailleurs qu'à Nashville, et/ou si la country music n'avait pas coulé dans leurs veines et infecté leur cérumen dès leur plus jeune âge ?

 

Et effectivement, dans le cas présent, on ne sait pas du tout ce qui aurait pu se passer si Jimmer Podrasky, le leader des Rave-Ups, avait grandi ailleurs que dans la très industrielle (et assez grisâtre, pour dire les choses) ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie. Peut-être que s'il ne s'était pas autant ennuyé dans cette foutue fac de Carmegie Mellon, perdue au beau milieu de nulle part, il n'aurait jamais eu ce coup de tête fatidique qui l'a obligé à tout plaquer, et à troquer sa dégaine d'universitaire bien propre sur lui, avec la raie au milieu et tout (bon, j'exagère peut-être un peu) contre celle, moins commune, du baladin rock'n'roots

 

Et si les grandes régions métallurgiques qui s'étendent du lac Erié à l'état du Delaware n'avaient pas été aussi moribondes et dénuées d'intérêt, pour les 15-25 ans en mal de sensations, notre homme aurait-il eu un jour cette envie et ce besoin d'écrire de magnifiques fables contemporaines, dont il paraissait au moment des Rave-Ups (en gros de la toute fin des années 70 au tout début des années 90) être l'un des derniers à posséder le secret de fabrication ?

 

Niet, nada, que nenni et tutto quanti negazione, aucun autre berceau n'aurait pu voir éclore un tel groupe, surtout pas un pays latin, encore moins le nôtre. À cause de nos racines totalement dépourvues de la moindre sémination rock'n'rollienne, aucune bande de joyeux-lurons frenchies, aussi bons imitateurs soient-ils, n'arrivera jamais à faire passer les mêmes émotions, ni à être aussi percutante dans sa démarche, parce qu'il manquera toujours cette part de sincérité et d'authenticité (de "vérité" ?) qui insuffle à la musique son urgence et la mise en exécution de ses plus belles promesses et fait, au final, toute la différence. 

 

L'actrice Molly Ringwald (la rouquine de Breakfast Club, c'est elle) devient proche du groupe, dont elle se considère même comme la number one fan, la connexion se faisant par l'intermédiaire de sa sœur Betty, qui n'est autre que la petite copine de Podrasky. En 1984, dans le film Seize Bougies Pour Sam de John Hugues, on peut voir son personnage se balader avec un classeur sur lequel elle a griffonné au stylo à bille le nom "The Rave-Ups". 

 

Un peu plus tard, elle invite Hugues à un concert des Rave-Ups, en réalité une audition grandeur nature pour apparaître dans le film Pretty In Pink (ce qui sera le cas, puisqu'ils y interprètent leurs chansons "Rave-Up, Shut-Up" et "Positively Lost Me", extraites de leur premier album, Town And Country, dans une scène de bar regroupant les principaux acteurs du film : Annie Potts, Jon Cryer, Andrew McCarthy et donc Molly Ringwald. 

 

Lors de l'avant-première du film, particulièrement très médiatisée, ils interprètent "Positively Lost Me" sur MTV, le morceau devenant un hit instantané, toutes proportions gardées, soit un morceau devenu par la suite un peu culte mais qui cartonna pendant quelques mois sur les radios des campus universitaires.

 

Le groupe aimerait être signé sur une major et les propositions sont nombreuses et alléchantes, mais des complications contractuelles les empêchent d'enregistrer en 1986 et 1987, à la seule exception du maxi "These Wishes", paru comme leur premier album (et le mini-album avant lui), sur Fun Stuff Records Inc, et qui présente surtout la particularité d'avoir une face B bien meilleure que sa face A. Face B produite par Steve Berlin des Los Lobos, et l'ingénieur du son Mark LInnett. Avec les deux mêmes est enregistré un album entier (en 1987), mais qui ne sortira pas et qui demeure encore aujourd'hui totalement inédit.

 

On retrouve néanmoins le groupe en 1988, fraîchement signé sur Epic Records, avec l'éblouissant The Book Of Your Regrets où, entre cowpunk et rock alternatif, et avec un son particulièrement accessible, il aligne les chansons intelligentes avec un penchant considérable pour ses trois mamelles fondatrices : blues, folk et country.

 

Des Rave-Ups embarqués dans l'aventure Epic, seul Jimmer a connu les affres du line-up originel. Parce qu'au commencement, rien n'était simple et les vents contraires étaient non seulement nombreux mais aussi particulièrement violents. Les changements de personnel sont nombreux, le groupe est d'abord et à tort catalogué comme punk et new wave et sa relocalisation en Californie brouille et embrouille un peu plus les pistes. 

 

Musicalement, le premier mini-album six titres, Class Tramp, n'est qu'un foisonnement d'idées qui ne collent pas spécialement entre elles. Et la ligne directrice, si ligne directrice il y a, est particulièrement difficile à cerner. Ainsi, les chansons se suivent mais ne se ressemblent pas et seules "A Girl We All Know" et "It's You" apportent un semblant de cohérence. 

 

Après avoir ravalé la déception d'une mise en place modeste et de ventes rachitiques (4000 unités à peine, ce qui à l'époque équivaut à peau de chagrin) et avoir été contraint d'accepter des petits boulots chez A&M (un comble !) pour payer leurs factures (et les quelques bières hebdomadaires qui vont bien avec), les Rave-Ups reprennent le chemin des studios, pour l'album Town And Country, où ils se montrent totalement transfigurés, nous forçant à utiliser l'un des lieux communs les plus usités par les critiques musicaux et qui consistent à parler d'album de la maturité. De fait, Jimmer en a terminé des paroles un peu crétines à propos de minettes croisées dans la rue, et autres jérémio-fanfaronnades propres aux ados en mal d'amour, il s'appuie désormais sur le peu d'expériences personnelles qu'il a vécues et même son timbre vocal se module en conséquence.

 

Avec The Book Of Your Regrets, le groupe passe le surmultiplié, l'album se situant à des années-lumière de leurs deux productions précédentes, pourtant plus qu'honorables, même si elles appliquaient encore des formules un peu discordantes et charivariques, entre stigmates dylaniens, une énergie parfaitement calibrée propre aux Heartbreakers de Tom Petty, et un entrain à la Eddie Cochran. Plus que précédemment, la patte de Terry Wilson (qui co-écrit neuf des douze titres, et deviendra un peu plus tard producteur) est particulièrement complémentaire et agit comme une valeur ajoutée à l'apanage ô combien charismatique de Jimmer Podrasky, notamment grâce à son talent de multi-instrumentiste, puisqu'on le retrouve à l'orgue Hammond, aux guitares, banjo, harmonica, basse et même à la lap steel guitar, aux chœurs, que comme preneur de son et assistant de l'ingénieur du son ! Mais la musique des Rave-Ups est aussi faite de respirations et d'improvisations et chacun remplit ainsi les espaces laissés vides, rendant leur répertoire particulièrement riche sans toutefois rien sacrifier de son approche artisanale. 

 

Epic concentre le peu de promotion allouée au disque (le label est alors en pleine restructuration suite à son rachat par Sony) sur les campus universitaires, mais cela ne prend pas et l'album se vend très mal. Pour couronner le tout, une partie des têtes de la maison de disques veut carrément virer le groupe. Par chance, une poignée d'irréductibles croient en leurs chances et leur permet d'enregistrer un second album pour la major, qui justement s'intitulera Chance (qui est le prénom de l'enfant que viennent d'avoir Jimmer et Beth Ringwald). 

 

Une nouvelle promotion bâclée n'apporte que frustrations et déceptions et, après une tournée en support des Indigo Girls, les Rave-Ups, à force de subir les coups du sort et de concourir au statut de musiciens les plus poissards d'Amérique du Nord, raccrochent pour de bon. 

 

Suivent de longues années d'errance. En 96-97, Podrasky monte The Lovin' Miserys, avec le bassiste Sam Bowles d'Agent Orange et le batteur Harry Rushakoff de Concrete Blonde, mais aucun album ne voit le jour et le trio disparaît comme il est apparu, dans un anonymat général. 

 

Courant 2000, la paire Wilson-Podrasky se reforme et enregistre un disque, The Salmon In The Wood, mais qui à ce jour reste totalement inédit. Encore aujourd'hui, les deux se voient régulièrement, ne le cachent pas, et continuent de collaborer musicalement, occasionnant à chaque fois pincements au cœur et folles rumeurs auprès des invétérés fans des Rave-Ups, d'autant plus que le groupe s'est réuni en août 2017, pour quelques concerts. 

 

De son côté, Jimmer Podrasky a sorti deux albums solo particulièrement jubilatoires, et qui permettent d'entendre à nouveau sa voix et les mélodies si admirablement troussées qui sont son cachet et sa marque de fabrique : The Would-Be Plans en 2013 et God Like The Sun en 2017. 

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

DISCOGRAPHIE : 

 

— Class Tramp (mini-album, 1983) **1/2

— Town And Country (1985) ***1/2

— The Book Of Your Regrets (1988) ****1/2 — À ÉCOUTER EN PRIORITÉ

— Chance (1990) ****1/2

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF  :

  1. The Rave-Ups « The Best I Can’t » (Chance, 1990)

  2. The Rave-Ups « Mickey Of Alphabet City » (The Book Of Your Regrets, 1988)

  3. The Rave-Ups « Freedom Bound » (The Book Of Your Regrets, 1988)

  4. The Rave-Ups « Watching Out For Jesus » (Chance, 1990)

  5. Jimmer « Empty » + « Big Ball Of String » (The Would-Be Plans, 2013)

  6. The Rave-Ups « When The End Comes Before » (The Book Of Your Regrets, 1988)

  7. The Rave-Ups « Positively Lost Me » (Town And Country, 1985)

  8. The Rave-Ups « Respectfully King Of Rain » (Chance, 1990)

  9. The Rave-Ups « If Fun Was Not » (The Book Of Your Regrets, 1988)

  10. The Rave-Ups « You Ain’t Goin Nowhere » + « Rave-Up/Shut-Up » (Town And Country, 1985) 

 

Déjà paru :

BangBlack Pearl — Blodwyn Pig — Blue Ash ("No More No Less", 1973) — Bohemian Rhapsody (biopic, rock et cinéma) ;

CactusCaptain Beyond — Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977)  ;

Del Fuegos (The) — Del Lords (The)

Fleetwood Mac (1/2) — Fleetwood Mac (2/2) ;

Ginhouse (Ginhouse, 1971) Gods (The) ;

Hawkins (Taylor) & The Coattail Riders Hoodoo Gurus ;

Kak (Kak, 1969) ;

London Cowboys ;

Marriott (Steve) (1/2)Marriott (Steve) (2/2) — Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994)

Peer Günt ;

Reed (Lou) ;

Sheriff (Les)Smithereens (The) — Spedding (Chris) ;

Variations (Nador, 1969) 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

Blackfire—"Rumble, The Indians That Rocked The World" (film) (06/11), Roger Taylor (Queen) (07/11), Brian May (Queen) (08/11), Eric McFadden (09/11), "Lost Territories" de Little Bob (10/11), "The Unforgiven" de The Unforgiven (11/11), Alice Cooper (12 au 16/11 inclus !), "The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars" de David Bowie (17/11), "Hearts & Minds" de Hearts & Minds (18/11), Wild Turkey (19/11), FFS (Franz Ferdinand + Sparks) (20/11), …

 

À suivre (par ordre alphabétique, mais dans le désordre d'arrivée —et entre autres) ces prochaines semaines (et mois !!!) :

Adam & The Ants, The Angels (AUS), Art, Asherton (Johan), Atomic Rooster…

Balaam and the Angel, Be-Bop Deluxe, Big Country, Blue Cheer, BoDeans, Brodie (Dan), Buffalo, Bull Angus…

The Cars, Cave (Nick), The Celibate Rifles, The Chameleons (UK), The Churchills, Concrete Blonde, The Cramps…

Dictators, Died Pretty, Dirty Ray, DMZ, Dramarama…

54.40, Fixed Up, Free, Freedom, Frijid Pink…

Georgia Satellites, Golden Smog, Grand Funk Railroad, Granicus, Grant-Lee Buffalo, The Greatest Show On Earth, Green On Red, Guadalcanal Diary, Gun (60's)…

Hanoi Rocks, Harvey (Alex), Hawkwind, Hell's Kitchen, Hiatt (John), High Tide, The Hitmen, Hooters, Husker Du…

Idle Race, Immaculate Fools…

The Jam, Jason & The Scorchers, Jellybread, Jeronimo, Jesus Volt, The J. Geils Band, The Johnnys, Josefus, Juicy Lucy… 

Kashmir (Danemark), Kid Pharaon…

Louie & The Lovers…

Masters Apprentices, McMurty (James), Modern Lovers, Mother Superior, The Move, Mungo Jerry, Music Machine…

Omar & The Howlers, The Only Ones…

Patto, Pink Fairies, The Primevals, Prince, The Proclaimers…

Quill…

The Rainmakers, Todd Rundgren…

Sam Gopal, Joe Satriani, Sharks, Shoulders, Silencers, Slade, Smack, Steamhammer, Stems, Stray…

Television, Tempest, Ten Years After, Les Thugs, T.I.M.E, Titanic, Toe Fat, T2, Tucky Buzzard, TV Smith…

UFO…

The Wallflowers, Webb Wilder, Wire Train, World Party, Steve Wynn…

The Yayhoos, Young (Neil)…

Frank Zappa…

 

À venir également sur Radio Perfecto :

— 10/11 : retransmission du concert de Little Bob & The Blues Bastards depuis le Magic Mirrors du Havre.

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