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MOTHER TONGUE "MOTHER TONGUE" (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

21/10/2018

Le premier album de Mother Tongue (qui veut dire « langue maternelle » —joli patronyme, n’est-il pas ?— et pas « ta mère en tongs » donc) est un disque crépusculaire et magmaesque qui aurait peut-être connu un meilleur avenir sans cette pochette d’une laideur exemplaire (jugez plutôt).   

 

Le premier titre, « Broken », tentative de single par ailleurs (disponible sur une compilation du label Epic de l'époque, avec la crème d’alors du label : Rage Against The Machine, The The, Korn, etc. Du lourd donc) est l’entrée en matière idéale. Une rythmique pachydermique et incandescente, sur laquelle viennent se superposer un chant torturé (Kurt Cobain à côté, c’est Gai-Luron au pays des merveilles !) et des grattes hendrixiennes autant que hurlantes autant que suintantes —et c'est peu de le dire. 

 

Mother Tongue, souvent catalogué à tort au rayon stoner, comme tout combo comportant plus que son lot de guitares plombées, est en fait totalement à part, s’éloignant du commun des rock & rollers vers une destination que lui-même décrit comme étant du « psycho blues ». Appellation non contrôlée qui leur sied plutôt bien, de fait. 

 

La musique de Mother Tongue ne vient pas du cœur, non, mais de beaucoup plus loin, des tripes, c’est bien plus qu’une simple ode urgentiste au rock le plus brûlant, c’en est criant de douleur, ça s’approche tant d’une espèce de vérité ultime que ça vous en file des frissons dans le dos. Écouter David Gould, le chanteur (et aussi bassiste) hurler « C’mon dady, fuck me ! » est à la limite du trauma généralisé et même si l’on croit entrevoir ce que sont ou tout du moins ont été les fissures du bonhomme, on n’ose pas trop s’y plonger, de peur de s’y perdre soi-même. 

 

Clairement, ce disque est un exorcisme, un travail d’autodestruction et de guérison en parallèle. On pense un peu aux Doors, parfois, mais à des Doors qui seraient vraiment allés jusqu’aux confins d’une évidence radicale : nous vivons une vie de merde dans un monde de merde et il est inutile de se voiler la face !… 

 

 Lorsqu’on ouvre l’hideuse pochette, ce visage qu’on croit être celui d’une femme est en fait celui d’un barbu (Jésus ?), avec inscrit sur les phalanges d’une main « Love » et à l’intérieur de la bouche… « Damage » !… Non, ça ne tourne pas très rond dans la tête de Gould et de ses acolytes et les nombreuses montées en puissance du disque (sur « Burn Baby », par exemple, lorsqu’il hurle à répétition « Burn motherfucker !!! » avant qu’une magnifique guitare vienne mettre tout le monde d’accord et clore le débat) ont de quoi mettre n’importe quel être normalement constitué sens dessus dessous. 

 

Même les quelques respirations, « Vesper » notamment, laissent couler le venin, l’épidémie semble toujours proche, rien n’est innocent dans ce disque magnifiquement insidieux et viscéral. Le plus fort, c’est que, d’une certaine façon, derrière les grosses guitares, derrière la production massive, il y a toujours un je-ne-sais-quoi de groovy, une soul qui brûle la chandelle dans un recoin de sillon. 

 

« Nous sommes les esclaves de la vérité » s’exclame Gould. Un indice, peut-être, pour expliquer comment il arrive si bien à nous retourner sans jamais avoir recours au moindre pathos, avec cette simple évidence : ce disque recèle sa propre vérité. Garantie 100 % psychotic reaction !… C’est beau, c’est sombre, c’est torturé, c’est intense, c’est unique, c’est… la langue maternelle.

 

Peut-être ce disque a-t-il littéralement vidé ses protagonistes, à moins que ça ne soit le sidérant manque de succès (l’album est devenu rapidement un classique des bacs à soldes, mais est aujourd’hui introuvable, malgré une « réédition de fans » —comprenez pirate— proposant trois morceaux live supplémentaires) ; en tout cas, il aura fallu attendre huit ans pour retrouver un Mother Tongue nettement plus apaisé avec Streelight (2002), puis Ghost Note (2003), si l’on excepte le faux album Broken (1996) qui reprenait une poignée de titres de l’album éponyme entrecoupé de jams studio bordéliques à souhait. 

 

Depuis, à nouveau un long break jusqu’à fin novembre 2008 et le EP Now or never (quatre titres pour une douzaine de minutes seulement, un peu expéditif) qui semble bien porter son nom, ainsi qu’un nouvel album, Follow The Trail, publié par le groupe lui-même… Avant un nouveau silence interminable, et tandis que le groupe, a priori relocalisé en Allemagne depuis des années, existe toujours officiellement —une tournée a été aperçue de ce côté-ci de l'Europe, de Hambourg à Francfort, en passant par Vienne ou Munich, en juillet 2016, dernier signe de vie en date du groupe. 

 

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF  :

  1. Mother Tongue « Broken » (Mother Tongue, 1994)

  2. Mother Tongue « So Afraid » + « Venus Beach » (Mother Tongue, 1994)

  3. Mother Tongue « Vesper » (Mother Tongue, 1994)

  4. Mother Tongue « Burn Baby » (Mother Tongue, 1994)

  5. Mother Tongue « Damage » (Live) (The Best Of Mother Tongue 1990-2010, hors-commerce, 2010)

  6. Mother Tongue « The Seed » (Mother Tongue, 1994)

  7. Mother Tongue « Using Your Guns » (Mother Tongue, 1994)

  8. Mother Tongue « Burn Baby » (Live) (The Best Of Mother Tongue 1990-2010, hors-commerce, 2010)

  9. Mother Tongue « Mad World » (Mother Tongue, 1994)

  10. Mother Tongue « Damage » (Mother Tongue, 1994)

 

Déjà paru :

Bang ; Blue Ash ("No More No Less", 1973) ;

CactusCheap Trick ("Cheap Trick", 1977)  ;

Del Lords (The)

Fleetwood Mac (1/2)Fleetwood Mac (2/2) ;

Hoodoo Gurus ;

London Cowboys ;

Marriott (Steve) (1/2) ; Marriott (Steve) (2/2) ; Moore (Gary) (Blues For Greeny, 1995) ; Mother Tongue ("Mother Tongue", 1994)

Sheriff (Les)

 

À lire et écouter ces prochains jours :

Chris Spedding (22/10), Peer Gunt (23/10), Blodwyn Pig (24/10), Taylor Hawkins & The Coattail Riders (25/10), The Del Fuegos (26/10), Lou Reed (27/10), "Kak" de Kak (28/10), Captain Beyond (29/10), The Smithereens (30/10)…

 

À suivre (dans le désordre et entre autres) ces prochaines semaines :

Eric McFadden, Wild Turkey, Atomic Rooster, Les Thugs, Adam & The Ants, The Greatest Show On Earth, Little Bob, Todd Rundgren, Dramarama, The Hitmen, Steve Wynn, Louie & The Lovers, The Rave-Ups, Webb Wilder, Fixed Up, Kid Pharaon, Frank Zappa, Sharks, Joe Satriani, Big Country, The Wallflowers, Kashmir (Danemark), Jason & The Scorchers, Balaam and the Angel, The Gods, Mother Superior, Georgia Satellites, Blackfire, The Rainmakers, BoDeans, UFO, Tucky Buzzard, The Unforgiven, Tempest, Television, Modern Lovers, The Primevals, Freedom, DMZ, Grant-Lee Buffalo, Jellybread, High Tide, Black Pearl, Guadalcal Diary, The Proclaimers, John Hiatt, Jeronimo, Green On Red, The Replacements, The Yayhoos, Titanic, Titanic, Masters Apprentices, 54.40, Art, BoDeans, Hooters, Guadalcanal Diary, Husker Du, The Cramps, Died Pretty, Johan Asherton, Dan Brodie, Dictators, Immaculate Fools, Dirty Ray, Frijid Pink, Granicus, High Tide, Be-Bop Deluxe, Variations, Josefus, Juicy Lucy, Patto, Smack, Steamhammer, Buffalo, TV Smith…

 

À venir également sur Radio Perfecto :

— 10/11 : retransmission du concert de Little Bob & The Blues Bastards depuis le Magic Mirrors du Havre.

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