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CACTUS (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

15/10/2018

 

 Au-delà de sa musique, une combinaison inédite et jamais égalée de hard rock qui swingue, de blues plombé comme on n'en avait jamais entendu auparavant —et comme personne n'en a produit depuis— et de boogie rock monstrueusement ébouriffant (et dans "ébouriffant", il y a "riff" !), tout dans la destinée de Cactus s'est avéré extraordinaire, au sens propre du terme, pour le meilleur (la musique donc) et le pire (un insuccès cuisant et un rapide split en deux étapes enchaînées)…

 

Même la création du groupe s'est construite sur un coup du sort. En effet, la rythmique folle de Vanilla Fudge (Tim Bogert à la basse, Carmine Appice à la batterie, pour rappel), connue pour avoir toujours appliqué à la lettre l'une des devises d'Oscar Wilde, "Moderation is a fatal thing, nothing succeeds like excess…" ("la modération est une chose fatale, rien ne réussit comme l'excès…"), et donc pour avoir en un temps record cumulé tout ce qui était répréhensible, des prises de drogue en quantité astronomique, jusqu'aux mélanges de sécrétions en groupe d'adultes consentants (tout de même), en passant par quelques allers-retours en prison… la rythmique folle de Vanilla Fudge, disais-je, avant de me perdre dans les méandres d'une phrase interminable dont j'ai le secret, devait s'allier avec pas moins que Jeff Beck et Rod Stewart (souvent seul Jeff Beck est mentionné), pour la formation d'un quatuor qu'on imagine particulièrement explosif. 

 

Le contrat liant Vanilla Fudge à son label Atco touchait à sa fin, après cinq albums (en trois ans !) admirablement jusqu'au-boutistes mais n'ayant jamais trouvé leur public. Quant à Jeff Beck, il venait de semer les premières graines du hard rock à peine balbutiant avec l'album Truth (1968) de son Jeff Beck Group. Les membres de Pink Floyd le voulait pour remplacer Syd Barrett, mais de leur propre aveu, aucun n'osa réellement lui en faire la demande officielle. La paire Bogert/Appice, elle, ne s'encombra pas ni de timidité, ni de retenue et, fidèle à ses bonnes habitudes de foncer dans le tas, hé bien… fonça dans le tas ! Et Jeff Beck d'accepter l'idée d'un groupe en leur compagnie, sauf que quelques jours seulement après avoir donné son accord de principe, le guitariste se retrouvait au cœur d'un grave accident de voiture, dont il ressortit avec une belle fracture du crâne et pas moins de 18 mois d'arrêt forcé de toute activité professionnelle, donc musicale. 

 

 

Tim Bogert et Carmine Appice se rappelleront à son bon souvenir un peu plus tard, l'arrêt quelque peu brutal de Cactus à peine consommé jeté (en 73), ce qui débouchera sur le mythique album Beck, Bogert & Appice, un très bon live à venir dans la foulée, et même un second album studio produit par Jimmy Miller. Oui, le Jimmy Miller qui avait produit pas moins que Beggars Banquet, Let It Bleed et Sticky Fingers, Exile On Main Street et Goats Head Soup des Rolling Stones, et qui sera viré à cause de son addiction à l'héroïne, permettant par la même occasion à la paire Jagger-Richards de faire ses débuts derrière la console sous le sobriquet de Glimmer Twins. L'album en question demeurera malheureusement inachevé et est donc inédit à ce jour, bien que trouvable sur différents pirates de plutôt bonne qualité sonore, comme Working Version, qui propose aussi en bonus le premier show à Pittsberg du 1er août 1972. 

 

 

Mais revenons-en à la formation de Cactus "Mark I". Beck aux fraises, Appice et Bogert s'entichent pour Rusty Day, la voix des Amboy Dukes de Ted Nugent, et Jim McCarty, le guitariste des Detroit Wheels de Mitch Ryder, entendu aussi du côté du Buddy Miles Express, le groupe de l'ancien batteur d'Electric Flag, ce qui fait que Cactus était alors composé pour moitié de musiciens en provenance de la grosse pomme, et pour l'autre moitié en provenance de Detroit. Soit deux des grosses villes américaines où le blues rock d'alors était particulièrement puissant, lourd et vindicatif !

 

 

Et donc les trois albums enregistrés successivement par ce line-up d'être blues en diable, puissants, lourds et volontiers vindicatifs au détour d'un sillon. L'autre particularité de cette triplette (Cactus, One Way… Or Another et Restrictions) est de monter d'un sérieux cran d'un album à un autre, mais avec des résultats inversement proportionnels, les disques se classant chronologiquement aux 54ème, 88ème, puis… 155ème place des meilleures ventes (mais à ces places-là, peut-on encore parler de meilleures ventes ou de meilleures méventes ?). Qu'à cela ne tienne, de l'électricité s'est répandue dans les câbles électriques reliant amplis et guitares depuis et il n'en reste aujourd'hui que la musique, et quelle musique !

 

Mais à l'époque comme aujourd'hui d'ailleurs, les maisons de disques ne rigolaient pas avec les échecs commerciaux, tant et si bien que McCarty quitte le troupe (pour les sempiternelles divergences musicales en vigueur depuis que le rock roule), avant que Day ne soit lui purement et simplement viré, avec en contrepartie l'arrivée au chant de Peter French (ex-Leaf Hound et Atomic Rooster), à la guitare de Werner Fritzschings, fraîchement sorti d'un chapeau (il n'a encore rien enregistré) et même avec un cinquième larron aux claviers, en la personne de Duane Hitchings, remarqué aux côtés de Buddy Miles, Harvey Mandel ou encore sur l'unique album de l'éphémère groupe Steel (en 1971, sur Epic Records). 

 

 

Quand on en arrive à ce Cactus "Mark II", les avis divergent, tous très tranchés, certains préférant le premier line-up, d'autres le second, qui officie sur l'album 'Ot 'N' Sweaty, dont la particularité est de proposer une face studio et une face live. À titre personnel, mon cœur balance, mais le Cactus première mouture a tout de même mis en boîte beaucoup plus de choses, et j'évite donc de me lancer dans de vaines comparaisons de choses, par définition, pas vraiment comparables. 

 

Dans la foulée de la sortie du fameux Beck, Bogert & Appice est publié un disque d'un groupe répondant au nom de The New Cactus Band, fondé par Duane Hitchings, mais avec aucun membre originel de Cactus. L'album en question, Son Of Cactus, n'a pas grand-chose d'un descendant de Cactus, contrairement à ce que son titre semble indiquer. Les chansons qui le composent ont toutes en commun un encéphalogramme proche du zéro pointé. 

 

De son côté, Rusty Day monte aussi sa "version" de Cactus, relocalisée en Floride, avec l'inconnu (et qui l'est resté !) Steve Dansby à la guitare, Gary Moffatt (futur 38 Special) à la batterie et John Sauter à la basse (plus tard sidekick de Nugent), un Cactus bis qui n'enregistrera aucun album, mais qui paradoxalement sera le line-up des seventies à durer le plus longtemps de l'histoire du groupe, puisque actif de 1976 à 1979 inclus. Avant d'être assassiné chez lui dans ce qui semble être une sombre histoire de deal de dope (en 82), Rusty Day refusera deux offres assez incroyables quand on y repense : remplacer Bon Scott dans AC/DC puis remplacer Ronnie Van Zant dans Lynyrd Skynyrd !…

 

Beaucoup plus tard (vers 2005-2006 !), Cactus reprend du service avec en plus des immuables Bogert et Appice, le retour de McCarty et l'arrivée de Jimmy Kunes de Savoy Brown au chant, et un harmoniciste du nom de Randy Pratt. Un album paraît en 2006, sobrement intitulé V. L'album est pataud, pour ne pas dire lourdaud, pour ne pas dire quelconque, pour ne pas dire mauvais…

 

L'histoire se répète ensuite en 2008 avec McCarty qui quitte à nouveau le groupe et qui… est à nouveau remplacé par Werner Fritzschings !!! Avant de re-revenir (sic) tandis que Bogert jette l'éponge… Appice, lui, est infatigable et en 2016, après une longue suite de témoignages live pour la plupart dispensables (seuls les deux volumes Fully Unleashed sortis par Rhino sont remarquables !) sort un nouvel album, Black Dawn, à la pochette hideuse et au contenu assez quelconque, mais qui a au moins le mérite de répondre à la sempiternelle question qui consiste à savoir si en musique on peut être et avoir été. Manifestement, en ce qui concerne Cactus, la réponse est non.

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

DISCOGRAPHIE EXHAUSTIVE STUDIO (ET SÉLECTIVE LIVE)

— Cactus (1970) ****

— One Way… Or Another (1971) ****1/2

— Restrictions (1971) ****1/2      —> À ÉCOUTER EN PRIORITÉ <—

— 'Ot'N'Sweaty (1972) **** 

— Fully Unleashed, The Live Gigs (2004) ****

— V (2006) **

— Fully Unleashed, The Live Gigs vol. 2 (2007 )***1/2

— Black Dawn (2016) **1/2

 

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF :

  1. Cactus « Rockout, Whatever You Feel Like » (One Way… Or Another, 1971)

  2. Cactus « Evil » (Restrictions, 1971) 

  3. Cactus « Parchman Farm » (Cactus, 1970)

  4. Cactus « Intro + Long Tall Sally » (Fully Unleashed, The Live Gigs, 2004) 

  5. Cactus « One Way… Or Another » (One Way… Or Another, 1971)

  6. Cactus « Restrictions » (Restrictions, 1971)

  7. Cactus « Rock ’N’ Roll Children » (One Way… Or Another, 1971)

  8. Cactus « Bro Bill » (Cactus, 1970) 

  9. Cactus « You Can’t Judge A Book By The Cover » (Cactus, 1970)

  10. 10. Cactus « Bad Drag » (Restrictions, 1971)

 

Déjà paru :

Bang ; Blue Ash ("No More No Less", 1973)Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977),  Del Lords (The)Hoodoo Gurus ; Marriott (Steve) (1/2) ; Marriott (Steve) (2/2)… 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

London Cowboys (16/10), Les $heriff (17/10), Fleetwood Mac (18 et 19/10), Blues For Greeny de Gary Moore (20/10), "Mother Tongue" de Mother Tongue (21/10), Chris Spedding (22/10), Peer Gunt (23/10)…

 

À suivre (dans le désordre et entre autres) ces prochaines semaines :

Blodwyn Pig, The Smithereens, Wild Turkey, Atomic Rooster, Lou Reed, Les Thugs, Adam & The Ants, The Greatest Show On Earth, Mother Tongue, Little Bob, Todd Rundgren, Captain Beyond, Kak, Dramarama, The Hitmen, Steve Wynn, Titanic, Louie & The Lovers, The Rave-Ups, Webb Wilder, Fixed Up, Kid Pharaon, Frank Zappa, Sharks, Joe Satriani, Big Country, The Wallflowers, Kashmir (Danemark), Jason & The Scorchers, Balaam and the Angel, The Gods, Mother Superior, Georgia Satellites, Blackfire, The Rainmakers, BoDeans, UFO, Tucky Buzzard, The Unforgiven, Tempest, Television, Modern Lovers, The Primevals, Freedom, DMZ, Grant-Lee Buffalo, Jellybread, High Tide, Black Pearl, Guadalcal Diary, The Proclaimers, John Hiatt, Mother Superior, Jeronimo…

 

À venir également sur Radio Perfecto :

— 10/11 : retransmission du concert de Little Bob & The Blues Bastards depuis le Magic Mirrors du Havre.

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