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BLUE ASH "NO MORE NO LESS" (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

14/10/2018

 

 Voici déjà venu le temps de refermer la première semaine de notre encyclopédie à lire et écouter au quotidien. Comme nous l'avions annoncé et comme ce fut le cas ces derniers jours, les lundis au vendredis inclus seront consacrés à des portraits et stories de groupes, musiciens (et bientôt producteurs, labels, studios d'enregistrement, courants musicaux, etc.), le samedi sera dévolu à un 'classic album' et le dimanche —nous y voilà— à la découverte d'un disque rare.

 

Aujourd'hui, nous évoquerons le premier album de Blue Ash, pourtant admirable en tous points, mais que personne quasiment n'a entendu ni donc écouté… Un disque qui aurait pu et dû être lui aussi un 'classic album', mais dont la mise sur orbite a été beaucoup plus complexe, laborieuse et, disons le tout de go, totalement foirée et foireuse…

 

Des récits de groupes qui explosent en plein vol, parfois même au faîte de leur gloire, on en connaît des centaines. Mais l'histoire de Blue Ash est différente, eux ayant été sabordés par leur propre maison de disques à même le tarmac, alors que leur joli obus métallisé n'avait pas même pris son envol mérité. Pourtant, quand sont parus successivement les singles promo de "Plain To See" et "Abracadabra (Have You Seen Her ?)", ils auraient pu marquer le début d'une brillante carrière, comme par exemple une décennie plus tôt (en 1965 pour être précis) les Byrds avec "Mr Tambourine Man", sur leur album du même nom, leur premier. 

 

Blue Ash est ce qu'on appelle un "groupe de bar" (avec plusieurs centaines de gigs à son actif les trois premières années de son existence) et quand il est formé au cœur de l'été 1969, à Youngstown, dans l'Ohio, par quatre copains de lycée âgés de 18 ans en moyenne (Jim Kendzor, chant ; Bill "Cupid" Bartolin, guitare ; David Evans, batterie ; et Frank Secich, basse), il détonne dans le paysage musical américain de l'époque, déjà plus orienté vers les longues jams, les solos interminables (et bientôt une certaine approche "progressive" des musiques rock).

 

De leur propre aveu, les quatre jeunes musiciens cherchaient avant tout à sonner comme leurs héros, que ceux-ci viennent de l'un ou de l'autre des côtés de l'océan : Kinks, Who, Beatles, Byrds, Searchers, Beau Brummels et autres Hollies. Dans les faits, les douze titres imparables de l'album sont la parfaite combinaison du Alice Cooper Group des premières années, des Who période "My Generation" et d'une certaine idée du glam rock british, celui des Slade et consorts. 

 

Mais revenons-en à la genèse de cet album… Le groupe écume donc tous les bouges enfumés (ou très enfumés, le "non fumeurs pour tous" n'était pas du tout ni la norme ni de rigueur), développant un show particulièrement sauvage pour l'époque (n'oublions pas que nous vivons là les grandes heures du mouvement hippie), le tout orchestré d'une main de fer dans un gant d'acier par leur féroce et intraitable manager (Geoff Jones), qui leur permet rapidement d'aller faire du bruit jusqu'en Virginie Occidentale et Pennsylvanie toutes proches, et même jusqu'aux confins de l'état de New York.

 

Une année entière est passée ainsi sur la route, jusqu'à ce que le hasard, la destinée ou appelez ça comme vous voulez, place Bob Mack sur leur route. Mack était propriétaire d'un club et DJ de Pittsburgh, connu un temps pour avoir découvert Tommy James, lui-même issu de l'Ohio et futur squatteur du Top 40 US avec ses Shondells et des hits tels que "Hanky Panky" ou encore "Crimson and Clover" (tous deux numéro 1 !). 

 

Bob Mack se débrouille pour trouver au groupe un studio, à Philadelphie, pour y enregistrer un titre qu'il a en stock, "We'll Live Tomorrow", un hommage à Jimi Hendrix et Janis Joplin, qui viennent tous deux de mourir. Le morceau ne sortira jamais, mais pendant les sessions d'enregistrement Wilson Pickett passe une tête et leur lance un "Hey, les mecs, vous n'êtes vraiment pas mauvais… pour des Blancs !"…

 

Les concerts reprennent pendant un an et demi, à la seule différence que le groupe commence à composer ses propres morceaux. En juin 72, une démo six titres est mise en boîte et envoyée à tous les gros labels, recevant un avis favorable de bon nombre d'entre elles, toutes intéressées pour les signer, dont Metromedia, Polydor, MGM et Mercury… C'est ce dernier qui décroche la timbale, tout simplement car ce fut le premier label à prendre son téléphone et à appeler !

 

Un contrat est immédiatement signé, après que Paul Nelson (directeur artistique de Mercury et par ailleurs rock critic de renommée nationale, voire internationale) ait fait le déplacement jusqu'à Youngstown, pour voir le groupe sur scène et accessoirement s'en prendre une bonne derrière la nuque. Les sessions de l'album sont prévues à New York, avec Michael Brown, du groupe Left Banke, à la production, mais finalement relocalisées à Youngstown, aux Peppermint Studios

 

Paul Nelson est tellement enthousiaste à l'idée d'être l'instigateur de la signature du groupe, qu'il reste sur place pour superviser l'enregistrement de l'album. C'est lui qui leur fait écouter ses bandes pirates d'un titre inédit et jamais enregistré de Bob Dylan, "Dusty Old Fairgrounds" (trouvable depuis lors sur plusieurs compilations bootlegs de raretés, comme par exemple A Rare Batch Of Little White Wonder). La chanson est adoptée par le groupe, qui l'enregistre illico presto, tous les quatre étant de grands fans du Zim'. 

 

 

Une autre reprise, cette fois-ci des Beatles, en l'occurrence "Any Time At All", un millésime 64 issu de A Hard Day's Night, que le groupe avait l'habitude d'asséner en fin de concert ou en rappel, est également intégrée à l'ensemble, au milieu d'une dizaine d'originaux, dont l'amusant "Smash My Guitar", pour lequel une guitare fut réellement fracassée contre un mur muni de micros (en une seule prise, budget riquiqui oblige !).

 

Les test pressings à peine arrivés sont envoyés aux médias, tout le monde ou presque tombant sous le charme du disque, encensé dans des centaines de titres de presse locale ou nationale, y compris les cadors que sont Creem, Rolling Stone, New Times, Rock Scene et même le très honorable Billboard magazine. Malheureusement, Paul Nelson est viré de Mercury (pour avoir signé les New York Dolls et Blue Ash, un comble !) et le label décide non seulement de ne pas promouvoir le disque (dont les premières retombées commerciales sont jugées insuffisantes, notamment parce qu'aucun titre ne passe en radio), mais pour couronner le tout de ne pas lui donner de suite. 

 

Une longue traversée du désert débute alors, Blue Ash n'enregistrant qu'un autre album, bien plus tard (en 1978), sur le label du magazine Playboy, de sinistre mémoire (l'album… le label aussi, remarquez). En 1979, The Records reprend "Abracadabra (Have You Seen Her)" sur son premier album, Shades In Bed. Suivront de nombreuses autres reprises et autant de tentatives de réhabilitation, notamment par Michael Monroe (d'Hanoi Rocks, oui), The Infidels, The Finkers, Simon Chainsaw & The Forgotten Boys, Billy Sullivan et quelques autres…

 

 

Face A : "Abracadabra (Have You Seen Her ?)" (3:05), "Dusty Old Fairgrounds" (2:46), "Plain To See" (2:41), "Just Another Game" (2:57), "I Remember A Time" (2:35), "Smash My Guitar" (3:16)

 

Face B : "Anytime At All" (2:19), "Here We Again" (3:26), "What Can I Do For You ?" (3:50), "All I Want" (2:57), "Wasting My Time" (2:50), "Let There Be Rock" (2:33).

 

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF :

  1. Blue Ash « Dusty Old Fairgrounds » 

  2. Blue Ash « Abracadabra (Have You Seen Her) »  

  3. Blue Ash « Smash My Guitar » 

  4. Blue Ash « Plain To See » 

  5. Blue Ash « Anytime At All » 

  6. Blue Ash « Here We Go Again » 

  7. Blue Ash « All I Want » 

  8. Blue Ash « Abracadabra (Have You Seen Her) » (hé oui, deux fois pour le prix d'une !)

  9. Blue Ash « Dusty Old Fairgrounds » (double bam itou !)

  10. Blue Ash « Smash My Guitar » (same same !)​

PLUS > À 23h, l'album dans son intégralité (12 titres) !!!

 

Déjà paru :

Bang ; Cheap Trick ("Cheap Trick", 1977),  Del Lords (The)Hoodoo Gurus ; Marriott (Steve) (1/2) ; Marriott (Steve) (2/2)… 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

Cactus (15/10), London Cowboys (16/10), Les $heriff (17/10), Fleetwood Mac (18 et 19/10), Blues For Greeny de Gary Moore (20/10), "Mother Tongue" de Mother Tongue (21/10), Chris Spedding (22/10), Peer Gunt (23/10)…

 

À suivre (dans le désordre et entre autres) ces prochaines semaines :

Blodwyn Pig, The Smithereens, Wild Turkey, Atomic Rooster, Lou Reed, Les Thugs, Adam & The Ants, The Greatest Show On Earth, Mother Tongue, Little Bob, Todd Rundgren, Captain Beyond, Kak, Dramarama, The Hitmen, Steve Wynn, Titanic, Louie & The Lovers, The Rave-Ups, Webb Wilder, Fixed Up, Kid Pharaon, Frank Zappa, Sharks, Joe Satriani, Big Country, The Wallflowers, Kashmir (Danemark), Jason & The Scorchers, Balaam and the Angel, The Gods, Mother Superior, Georgia Satellites, Blackfire, The Rainmakers, BoDeans, UFO, Tucky Buzzard, The Unforgiven, Tempest, Television, Modern Lovers, The Primevals, Freedom, DMZ, Grant-Lee Buffalo, Jellybread, High Tide, Black Pearl, Guadalcal Diary, The Proclaimers, John Hiatt, Mother Superior, Jeronimo…

 

À venir également sur Radio Perfecto :

— 10/11 : retransmission du concert de Little Bob & The Blues Bastards depuis le Magic Mirrors du Havre.

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