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CHEAP TRICK "CHEAP TRICK" (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

13/10/2018

 

On dit souvent que les premiers albums peuvent être les meilleures cartes de visite possibles, voire les portes d'entrée idéales à un univers musical ou sonique, mais régulièrement il nous arrive de rapidement déchanter (dès le sempiternel piège du second album, même) ou alors le groupe ou l'artiste en question s'en va petit à petit défricher d'autres horizons musicaux, pas nécessairement antagonistes ou antinomiques, mais en tout cas on ressent à chacun de ces dérapages pas toujours bien contrôlés comme un petit arrière-goût de trahison.

 

Dans le cas de Cheap Trick et de son premier album éponyme, le moins que l'on puisse dire est qu'il n'y a aucunement eu tromperie sur la marchandise, puisque depuis sa parution en février 1977, qui d'ailleurs sur le moment paraissait totalement hors propos au beau milieu d'un punk rock qui contaminait de sa morgue et de ses éructations les bacs de nos disquaires favoris, hormis pour ce qui est de son énergie totalement et admirablement addictive —et même de sa violence latente, parfois, que l'on retrouve d'ailleurs au-delà du mur de guitares dans certains des sujets abordés.

 

De fait, "The Ballad Of T.V. Violence" a été écrit à propos du tueur en série Richard Speck qui, au milieu des paisibles années 60, s'évertuera à massacrer des infirmières (sans doute à cause d'une attirance malsaine pour la blouse blanche ?!?), écopant en récompense pour ses émérites efforts de pas moins de 400 ans de prison consécutifs (autant dire qu'il y est mort) ! Petite parenthèse pour les fans de la série Mad Men, l'affaire en question y est mentionnée en détails dans un épisode de la saison 5.

 

Quant à "Oh, Candy", il évoque le suicide par pendaison d'un ami proche des membres du groupe (leur premier photographe attitré), dont les initiales, M.M. (pour Marshall Mintz), M&M donc (sic) ont inspiré ce surnom de "Candy". De toute manière, comme le déclarera plus tard Rick Nielsen, personne n'aurait eu envie d'écouter une chanson s'appelant "Marshall Mintz" ! À noter que ce titre est paru en single (uniquement sur les territoires étatsunien et canadien), dans une version légèrement différente, avec l'addition de claquements de mains et surtout une prise voix sensiblement différente.

 

Enfin, pour en terminer avec les sujets remue-méninges bien éloignés des canons pop habituels (et d'ailleurs aussi de certaines ballades à venir dans le répertoire Cheap Trickien) "Daddy Should Have Stayed In High School" porte également admirablement bien son nom puisque ce titre évoque l'éphébophilie qui est —je vous la fais simple— l'équivalente attirance sexuelle envers les adolescents de la pédophilie.

 

Mais parlons un peu musique, car c'est musicalement, surtout, que l'album se montre étourdissant, retentissant, vivifiant et plein d'autres trucs avec ant à la fin (ou pas), conciliant des mélodies pop incroyablement bien troussées, des riffs et éructions guitaristiques prodigieuses, une batterie au métronome (dans le bon sens du terme, Bun E. Carlos étant très clairement l'un des batteurs les plus mésestimés du classic rock) et un son de basse rond, rond, rond… Le tout en mettant bien en exergue, à parts égales, les qualités de chacun, comme autant de valeurs ajoutées à un ensemble qui, d'emblée est particulièrement cohérent. Et, comme le dit Rick Nielsen, à propos de l'ajout de Robin Zander, dernier arrivant dans le groupe, vers la fin 1973 ou le début de l'année suivante, " Ça a tout de suite fonctionné entre nous quatre, il y a eu dès le départ cette alchimie." Et Tom Petersson, le bassiste, de renchérir : " Et cette incroyable énergie ! On se nourrissait réellement les uns des autres et même si Rick écrivait la plupart des chansons, on était vraiment un groupe, on l’a toujours été."

 

L'identité de Cheap Trick éclate donc au grand jour dans ce disque produit de mains de maître par Jack Douglas, un ancien ingénieur du son du mythique studio Record Plant à qui l'on a récemment confié la production de trois albums successifs d'Aerosmith, et non des moindres puisqu'il s'agit de Get Your Wings, Toys In The Attic et Rocks, respectivement parus en 1974, 75 et 76 (Draw The Line suivra d'ailleurs, un peu plus tard, fin 77). Des mélodies pop donc, avec des guitares rock (voire hard rock) dans tous les sens, tous les coins et empilées jusqu'au ras de la couscoussière, un sacré sens de l'humour et aussi une certaine approche théâtrale…

 

Bon an, mal an, qu'ils aient été produits par le dernier tâcheron imposé par leur maison de disques (certains albums sont par exemple affublés de synthés totalement hors sujet) ou quand, au contraire, les quatre qui font les deux paires ont pu s'amuser plus librement à construire leurs épopées rock'n'rollesques et jouissives en diable, ces bases solides, ces racines inextinguibles, et cet esprit de sales gosses branchés directement sur la fée électricité, rien de tout ceci ne les a jamais quittés…

 

Quand l'album sort, il propose d'un côté une face A, de l'autre une face 1, même si en regardant plus attentivement les numéros de matrice gravés sur la cire on se rend compte que "Hot Love" ouvre bien l'album (face A), techniquement parlant, et que donc "Elo Kiddies" ouvrait la face B (hey, petit clin d'œil aux lecteurs de Crossroads : pour moi ça a toujours été ce titre le parfait coup d'envoi des hostilités cheap trickiennes, et d'ailleurs c'était le nom de ma rubrique édito, en ouverture du magazine !).

 

Rick : "Ce n’était absolument pas une erreur, contrairement à ce que beaucoup ont pensé. Il se trouve qu’on considérait nos morceaux d’une égale qualité, et on ne voulait pas en reléguer en face B, ça nous paraissait injuste. Alors, comme on ne pouvait pas avoir deux faces 1, on a eu une face 1 et une face A. Malheureusement, le CD a tué un peu ça… Mais le disque reste très bon, je trouve, un de nos meilleurs, incontestablement le plus énergique d’entre tous."

 

En parlant de CD, pour la petite histoire, toutes les premières éditions sous ce format commençaient donc par "Hot Love". Par contre, revirement de situation avec la remasterisation de 1998 pour laquelle "Elo Kiddies" reprenait sa pole position. Et d'ailleurs, l'édition ultime du disque, la réédition blu spec japonaise proposant dix titres bonus (!) commence bien aussi par "Elo Kiddies"…

 

Petit aparté sur "Speak Now Or Forever Hold Your Peace", pour dire qu'il s'agit d'une reprise de Terry Reid, Terry Reid dont je vous parlerai prochainement ici même, mais dont j'aimerais rappeler tout de même que c'est Terry Reid que Jimmy Page a contacté en premier lorsqu'il cherchait un chanteur pour ses New Yardbirds, qui bientôt s'appelleraient… Led Zeppelin ! C'est d'ailleurs Reid qui a conseillé à Page de s'intéresser au chanteur du groupe Band Of Joy, un certain Robert Plant —mais aussi à leur batteur… John Bonham !

 

Terminons ce tour d'horizon par un des premiers titres composés par le groupe, "He's A Whore", qu'ils ont même rodé sur scène dès 1975. Devenu depuis lors un classique de leur répertoire, repris dans bon nombre de compilations, et qu'ils continuent d'ailleurs d'interpréter sur scène de temps à autre, depuis le milieu des années 90 où il a commencé à réapparaître dans leur set list.

 

Originellement, ce morceau, à propos d'un gigolo, devait s'appeler bêtement "She's A Whore", mais Nielsen décida finalement d'appliquer une sorte 'd'inversion des rôles' quand, en travaillant les paroles, il bifurqua pour évoquer essentiellement ces gens capables de tout (et donc du pire) pour gagner un peu de fric. Ultime trait d'humour, après que Robin Zander hurle "I'm a whore", c'est Rick Nielsen qui lui répond "He'll do anything for money".

 

"He's A Whore" a été souvent repris, notamment par Big Black (avec sur l'autre face du 45 tours une autre cover, de… Kraftwerk !), Vince Neil en rupture de Mötley Crüe (sur l'album Tattoos & Tequila, très médiocre par ailleurs), les keupons bon teint de White Flag et de The Methadones (ce premier album de Cheap Trick a toujours été bien accueilli en terres punk), ou encore Local H (sur scène uniquement, mais très régulièrement). Autre reprise notable d'un titre de cet album, celle de "Mandocello" par les trop méconnus Concrete Blonde. Qui feront bientôt l'objet d'une parution ici même…

 

Face A : "Hot Love" (2:30), "Speak Now Or Forever Hold Your Peace" (4:35), "He's A Whore" (2:43), "Mandocello" (4:47), "The Ballad Of TV Violence (I'm Not The Only Boy)" (5:15)

 

Face 1 : "Elo Kiddies" (3:41), "Daddy Should Have Stayed In High School" (4:44), "Taxman, Mr Thief" (4:16), "Cry, Cry" (4:22), "Oh, Candy" (3:07).

 

Nota > Retrouvez deux de mes interviews de Cheap Trick, dont une interview carrière particulièrement longue (et passionnante) dans mon livre Rock'n' Roll, Motherfuckers ! (à tirage limité et disponible uniquement par mon intermédiaire). Plus d'infos par ici

 

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

LA SÉLECTION DU GOOF :

  1. Cheap Trick « Hot Love »

  2. Cheap Trick « The Ballad Of T.V. Violence (I’m Not The Only Boy »

  3. Cheap Trick « Daddy Should Have Stayed In High School » 

  4. Cheap Trick « Elo Kiddies »  

  5. Cheap Trick « Oh, Candy » (single version)

  6. Cheap Trick « He’s A Whore »  

  7. Cheap Trick « Lookout » (outtake, version studio du morceau présent sur le mythique live At Budokan)

  8. Cheap Trick « Lovin’ Money » (outtake)

  9. Cheap Trick « Elo Kiddies » (single version) 

  10. Cheap Trick « Taxman, Mr. Thief » 

 

Déjà paru :

Bang ; Del Lords (The)Hoodoo Gurus ; Marriott (Steve) (1/2) ; Marriott (Steve) (2/2)… 

 

À lire et écouter ces prochains jours :

No More No Less de Blue Ash (14/10), Cactus (15/10), London Cowboys (16/10), Les $heriff (17/10), Fleetwood Mac (18 et 19/10), Blues For Greeny de Gary Moore (20/10)…

 

À suivre (dans le désordre et entre autres) ces prochaines semaines :

Blodwyn Pig, The Smithereens, Wild Turkey, Atomic Rooster, Chris Spedding, Peer Gunt, Lou Reed, Les Thugs, Adam & The Ants, The Greatest Show On Earth, Mother Tongue, Little Bob, Todd Rundgren, Captain Beyond, Kak, Dramarama, The Hitmen, Steve Wynn, Titanic, Louie & The Lovers, The Rave-Ups, Webb Wilder, Fixed Up, Kid Pharaon, Frank Zappa, Sharks, Joe Satriani, Big Country, The Wallflowers, Kashmir (Danemark), Jason & The Scorchers, Balaam and the Angel, The Gods, Mother Superior, Georgia Satellites, Blackfire, The Rainmakers, BoDeans, UFO, Tucky Buzzard, The Unforgiven, Tempest, Television, Modern Lovers, The Primevals, Freedom, DMZ, Grant-Lee Buffalo, Jellybread, High Tide, Black Pearl, Guadalcal Diary, The Proclaimers, John Hiatt, Mother Superior, Jeronimo…

 

À venir également sur Radio Perfecto :

— 13/10 : retransmission du concert de The Inspector Cluzo depuis le 106 de Rouen ;

— 10/11 : retransmission du concert de Little Bob & The Blues Bastards depuis le Magic Mirrors du Havre.

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