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STEVE MARRIOTT (2/2) (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

11/10/2018

 

  

 Il est l'une des plus belles voix du rock anglais de la fin des sixties et des seventies et le dénominateur commun (entre autres gâteries soniques) des Small Faces, formation très mod mais jamais démodée, puis (entre autres) des géniaux et mésestimés Humble Pie (en compagnie de Peter Frampton)…

 

—>> Vous pouvez (re)lire la première partie ici ! <<—

 

 

La fin (provisoire) des Small Faces prit forme au cours d'un concert donné le 31 décembre 1968 au Alexandra Palace, dans le nord de Londres. Le souvenir qu'en a Kenny Jones est très vivace : "Steve est arrivé de mauvaise humeur sur scène, ce soir-là, ce qui n'était pas dans ses habitudes. Nous avons tout de suite compris que quelque chose n'allait pas. Cette impression se confirma au milieu du show, quand il posa simplement sa guitare et nous laissa tous les trois sur scène, définitivement. Il pensait que nous n'avions pas les moyens de passer de notre actuel statut de groupe pop à une musique plus dure. Je me souviens quand les journaux ont annoncé le split, on pouvait y lire que Steve nous quittait pour aller avec de meilleurs musiciens. Cette annonce me mit le moral à zéro, parce que jusqu'à ce jour je pensais que nous étions OK…"

 

Un autre élément déterminant au départ de Marriott, mais aussi comme déclencheur de l'aventure Humble Pie, est les retrouvailles de Frampton et Marriott, lors des sessions d'enregistrement de l'album Rivière… Ouvre Ton Lit, de Johnny Hallyday.

 

Enregistré entre Londres et Paris, ce disque est l'un des plus blues de Johnny, avec également quelques teintes psychédéliques. On y retrouve Mick Jones et Tommy Brown, compositeurs attitrés depuis des années du plus belge des rockers français, mais aussi donc des performances de Lane, Marriott et Frampton, pour une adaptation du "That Man" des Small Faces, devenu "Amen", mais aussi pour deux titres du futur répertoire d'Humble Pie, "Regarde Pour Moi" et "Réclamations", respectivement "What You Will" et "Bang !" sur le premier album du groupe, As Safe As Yesterday, qui paraît plus tard, en août 1969.

 

Les avis divergent à ce moment-là, mais la version la plus plausible, qui était à la fois celle de Marriott et que n'a jamais démenti Frampton, est que le premier a voulu imposer le second comme co lead guitarist au sein des Small Faces, ce qu'auraient refusé en bloc les trois autres membres de la troupe, par ailleurs relativement frileux à l'idée de durcir leur musique ou même d'aller creuser un peu plus profondément du côté des racines blues rock et rhythm & blues de leur chanteur et leader.

 

En tout état de cause, tandis que ses anciens compères formaient les Faces, avec l'arrivée en renfort de pas moins que Rod Stewart et Ron Wood (tous deux expatriés du Jeff Beck Group), Faces qui cartonneront des deux côtés de l'Atlantique, avec des albums inégaux mais contenant toujours quelques morceaux d'excellente facture (sauf le premier, First Step, d'ailleurs paru initialement aux États-Unis sous le nom de Small Faces, qui quant à lui demeure une pure pépite de bout en bout !), Steve montait de son côté ce que beaucoup considèrent comme étant le premier 'supergroup' de l'histoire : Humble Pie.

 

À ce propos, le Melody Maker, première revue à annoncer le scoop de la naissance du Pie, titrera en couverture de son numéro du 26 avril 1969 : "Pop Giants Supergroup" ; et l'on ne saurait être plus explicite !… Outre une rythmique vraiment béton composée de Jerry Shirley (ex-Wages of Sin, Little Women) à la batterie et de Greg Ridley (ex-Spooky Tooth) à la basse, Humble Pie marqua les esprits —et dans la foulée, les tympans— par la réunion atypique de Peter Frampton et Steve Marriott, tous deux co-compositeurs, artificiers guitaristes et chanteurs. Une réunion qui aurait pu être idyllique, mais qui, en interne, tournera rapidement au cauchemar.

 

 

Marriott donnera un peu plus tard son explication au départ assez rapide de Frampton, après deux ans de bons et loyaux services (et plus précisément l'album de la discorde, Rock On, de 1971) : "Pendant la première année, je voulais vraiment laisser libre cours à mes bas instincts et balancer un bon vieux rock'n'roll des familles, mais ensuite, je me suis ravisé, jugeant que j'empiétais trop sur ce qui était aussi le groupe de Pete. Un temps passa et notre manager nous demanda expressément de virer tout le côté acoustique et de nous concentrer sur ce qui faisait notre force : une musique solide structurellement, lourde musicalement et aussi croustillante que possible."

 

Il faut dire que le mariage contre nature de l'enthousiasme volontiers hard rock de Marriott et l'aspect plus mélodique et davantage orienté acoustique de Frampton, avait plus de chances de capoter que de réussir, d'autant plus que les deux hommes étaient aussi diamétralement opposés dans leur vie privée. C'est sûr qu'entre la vie dissolue du premier, perpétuel assoiffé fêtard, et la légendaire introspection du second, au rythme plus calme et au régime végétarien, il y avait un vide intersidéral que le respect mutuel de ces musiciens hors pair ne suffira pas à combler.

 

 

Il n'empêche qu'en tout juste deux ans de collaboration, les deux larrons multiplieront les séances d'enregistrement et sortiront pas moins de quatre albums studio plus le double live mythique Rockin' The Fillmore, qui contient notamment une version marathon de plus de 24 minutes du fabuleux "I Walk On Gilded Splinters" de Dr. John (en provenance directe de son album Gris-Gris, sans doute le meilleur) ! Les deux premiers, sur Immediate Records, ne sont peut-être pas les plus tranchants, mais ils sont sans doute ceux où la symbiose et l'osmose entre les deux hommes paraissent déboucher sur une créativité de très haute volée, les tensions se faisant alors ressentir surtout dans une musique tiraillée de part et d'autre, plutôt que dans de stériles conflits personnels et égocentriques.

 

 

Par la suite, la seconde mouture du Pie, avec Dave Clempson (ex-Colosseum), un monumental guitariste bien trop rarement cité par nos amis exégètes et autoproclamés historiens de la chose rock, tiendra tête et dragée hautes jusqu'en mars 1975, mais s'écroulera finalement. Non pas par manque d'inspiration ou pour les sempiternelles autant qu'obscures divergences musicales invoquées généralement, mais simplement par fatigue mutuelle. Il faut dire que les longues tournées américaines s'étaient enchaînées pendant des années et que les tensions nerveuses de ces messieurs n'étaient plus au beau fixe. À noter la parution tardive d'un monumental et incandescent document live de cette période, Hot 'n' Nasty Rockin' The Winterland, capté à San Francisco début mai 1973 et où Clempson se montre étincelant d'un bout à l'autre.

 

Pendant ce temps-là, Frampton a sorti un très bon premier album solo (Wind Of Change, en 1972), passé un peu inaperçu à l'époque, puis fondé et stoppé le Frampton's Camel (auteur d'un unique mais admirable album) avant d'entamer la fructueuse carrière que l'on sait, tandis que les Faces rendaient également l'âme avec, dans la débandade générale, Rod Stewart qui se la joue aussi solo et Ron Wood en partance pour les Rolling Stones.

 

Quant à Steve Marriott, après la courte ébauche de Strange Brew, avec notamment Cozy Powell (futur Rainbow) à la batterie, il forme le Steve Marriott's All Stars Band, groupe au line-up fluctuant et à l'inspiration qui l'était tout autant. "Je n'ai pas la moindre excuse pour ce que j'ai fait avec le All Stars", déclarera-t-il plus tard, "Je ne savais pas où j'en étais, ni même parfois où j'étais, mais je devais faire quelque chose…".

 

 

C'est alors que renaissent de leurs cendres à peine encore fumantes les Small Faces, toujours emmenés par Steve et Kenny Jones, avec le fidèle Ian McLagan aux claviers et l'arrivée de Ricky Wills à la basse, un déjà vieux routier de la quatre cordes qui avait débuté au milieu des sixties dans Joker's Wild (avec un certain David Gilmour à la guitare et au chant !), et qu'on avait également pu entendre au sein de Cochise, avec Frampton pour Frampton's Camel mais aussi ses deux premiers opus en solo, ou encore sur les albums Yes We Have No Mananas de Kevin Ayers et l'album live Viva! de Roxy Music. Il rejoindra par la suite Foreigner, à partir de l'album Head Games. Les Small Faces publient coup sur coup deux albums relativement moyens (Playmates et 78 In The Shade) et puis s'en vont… cette fois-ci définitivement. Kenny Jones remplacera Keith Moon au sein des Who, suite au décès par overdose (à seulement 32 ans) du plus chtarbé des batteurs que la musique rock ait connu, tandis que Marriott s'enfonce définitivement dans ses problèmes d'alcool et son désir de plus en plus ardent de vivre en reclus, à l'écart de ce monde fou et impitoyable qui lui a littéralement bouffé de l'intérieur et continue de le faire indirectement.

 

 

Quelques projets verront le jour, pour la plupart éphémères : un album avec Ronnie Lane (Majik Mijits) qui sortira près de vingt ans plus tard, Steve's Next Band (!), Blind Drunk (!!), The Scrubbers, The Official Receivers, Packet Of Three, etc., mais rien de transcendant, jusqu'à la sortie en 1989 d'un album solo où il fait preuve de bien plus de constance et de consistance, 30 Seconds To Midnight. Forcément, depuis sa tragique disparition, le 20 avril 1991, les parutions posthumes sont légions, souvent des empilements de bric et de broc, à l'exception d'un EP trois titres de très bonne facture, A Small Face, paru dans les mid-90's sur le label Bubblehead Records —qui venait de relancer en parallèle le groupe Sharks de Chris Spedding (mais sans Andy Fraser), mais c'est une autre histoire. Cet EP regroupe du matériel inédit particulièrement bouleversant, tant il déborde de feeling et d'une maîtrise de son moi guitariste. Sûr que la réconciliation de Marriott et Frampton, telle qu'elle aurait pu voir le jour au début des années 90, après un rapprochement des sensibilités et trajectoires de chacun, aurait fait quelques étincelles…

 

 

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

 

 

Discographie Small Faces : 

 Small Faces (1966) ****

From The Beginning (1967) **** 

Small Faces (1967)****1/2 

There Are Four But Small Faces (1967) ****1/2 

Ogden's Nut Gone Flake (1968) **** 

The Autumn Stone (1969) ****1/2

Playmates (1977) **1/2

78 In The Shade (1996) ***

The BBC Sessions (1999) ***1/2

In Session At The BBC 1965-1966 (2017) ***

 

Discographie studio Humble Pie (et sélective pour les albums live) : 

As Safe As Yesterday Is (1969) ****1/2

— Town And Country (1969) ****1/2

 

Humble Pie (1970) ****

Rock On (1971) ***1/2

Performance Rockin' The Fillmore (1971) ****

Smokin' (1972) ***1/2 

Eat It' (1973) *** 

— Thunderbox (1974) ***

— Street Rats (1975) **1/2

— On To Victory (1980) **1/2

Go For The Throat (1981) **

Natural Born Boogie, The BBC Sessions (2000) ***

Live At The Whiskey A-Go-Go 1969 (2001) ***1/2

Hot'n'Nasty, Rockin' The Winterland (2010) **** (déjà disponible sous de nombreuses appellations, notamment King Biscuit Flower Hour Presents Humble Pie In Concert, dès 1995, mais ici en version remasterisée)

Performance Rockin' The Fillmore, The Complete Recordings Box Set (2013) ****1/2

 

Discographie (sélective) Steve Marriott solo et divers : 

Marriott (1976) ***

 

Packet Of Three (1984) ***

30 Seconds To Midnight (1989) ***1/2

Steve Marriott's Scrubbers (1991) **1/2

Alternative Story  (1996) **

The Rarities (1996) **

Live At The Palace (Steve Marriott Packet Of Three, 1996) **

Steve Marriott And The Official Receivers (1999) ***

The Legendary Majik Mijits (Lane Marriott, 2000) **1/2

Lend Us A Quid (2010) ***

 

 

 

La sélection du Goof :

 

  1. Humble Pie « Four Day Creep » (Performance Rockin’ The Fillmore, 1971)

  2. Humble Pie « A Nifty Little Number Like You » (As Safe As Yesterday, 1969) 

  3. Humble Pie « Natural Born Bugie » (single, 1969) 

  4. Humble Pie « Take Me Back » (Town And Country, 1969)

  5. Humble Pie « Rolling Stone » (Performance Rockin’ The Fillmore, 1971)

  6. Humble Pie « The Sad Song Of Shaky Jake » (single, 1969 et Town And Country, 1969)

  7. Humble Pie « Heartbeat » (Town And Country, 1969)

  8. Humble Pie « Stone Cold Fever » (Performance Rockin’ The Fillmore, 1971)

  9. Humble Pie « Desperation » (As Safe As Yesterday, 1969)

  10. 10. Humble Pie « Bang ! » (As Safe As Yesterday, 1969) ***

 

+ à 23 h l’intégralité du live Hot’n’Nasty Rockin’ The Winterland !!! 

(enregistré le 6 mai 1973 au Winterland Theater, San Francisco, avec Dave Clempson à la guitare et les Blackberries aux chœurs)

 

 

Déjà paru :

Bang ; Hoodoo Gurus ; Marriott (Steve) (1/2)

 

À lire et écouter ces prochains jours :

The Del Lords (12/10), Cheap Trick de Cheap Trick (13/10), No More No Less de Blue Ash (14/10), Cactus (15/10), London Cowboys (16/10), Fleetwood Mac (17 et 18/10), Les $heriff (19/10)…

 

À suivre (dans le désordre et entre autres) ces prochaines semaines :

Blodwyn Pig, The Smithereens, Wild Turkey, Atomic Rooster, Chris Spedding, Peer Gunt, Lou Reed, Les Thugs, Adam & The Ants, The Greatest Show On Earth, Mother Tongue, Little Bob, Todd Rundgren, Captain Beyond, Kak, Dramarama, The Hitmen, Steve Wynn, Titanic, Louie & The Lovers, The Rave-Ups, Webb Wilder, Fixed Up, Kid Pharaon, Frank Zappa, Sharks, Joe Satriani, Big Country, The Wallflowers, Kashmir (Danemark), Jason & The Scorchers, Balaam and the Angel, The Gods, Mother Superior, Georgia Satellites, Blackfire, The Rainmakers, BoDeans, UFO, Tucky Buzzard, The Unforgiven, Tempest, Television, Modern Lovers, The Primevals, Freedom, DMZ, Grant-Lee Buffalo, Jellybread, High Tide, Black Pearl, Guadalcal Diary, The Proclaimers, John Hiatt, Mother Superior, Jeronimo…

 

À venir également sur Radio Perfecto :

— 13/10 : retransmission du concert de The Inspector Cluzo depuis le 106 de Rouen ;

— 10/11 : retransmission du concert de Little Bob & The Blues Bastards depuis le Magic Mirrors du Havre.

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