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HOODOO GURUS (L'ENCYCLOPÉDIE ROCK RADIO PERFECTO)

09/10/2018

 

 

On le sait bien, les maisons de disques ne rivalisent jamais d'inventivité et plus les sociétés en question sont grosses (et on parle bien là d'industrialisation de la musique), plus elles s'embarquent dans de grandes manœuvres de récupération plutôt que dans une vague d'explorations tous azimuts via leur département A&R (abréviation pour Artists and Repertoire, soit l'équipe chargée de découvrir les phénomènes artistiques de demain), département qui était pourtant leur centre névralgique, au moment de leur essor dans les années 60 et 70.

 

De fait, à différentes périodes de l'histoire des musiques qui nous concernent ici, on nous a vendu par brouettes entières des copies, des erzatz et autres succédanés, avec aussi parfois en filigrane une attirance toute particulière pour une nouvelle provenance exotique. À un moment, certes bref, du tout début des années 90, toutes les oreilles étaient attentives à ce qui était produit en Russie, suite à l'explosion en plein vol de l'URSS, fin décembre 91 (oui, nous avons oublié l'intégralité de ces groupes, qui étaient majoritairement inaudibles !)…

 

Un peu plus tôt, au milieu de la décennie précédente, tous les projecteurs étaient orientés du côté de l'Australie, 'down under', l'île du bout du monde étant alors particulièrement effervescente, mais l'effet pervers est qu'en exploitant ce filon, une focalisation extrême se fit jour sur certains groupes (Midnight Oil, Inxs, Noiseworks…) au détriment d'autres qui pourtant méritaient tout autant, si ce n'est plus, notre attention. Ce fut le cas notamment de The Church, de Died Pretty et de notre sujet du jour, les toujours sémillants Hoodoo Gurus.

 

 

Une particularité des musiciens australiens est leur aptitude forcenée et visiblement illimitée à former des combos, les déformer, les arrêter, pour mieux les reprendre et ainsi de suite jusqu'au split final et définitif, et si possible avec à côté une demi-douzaine de side projects gérés de la même façon et avec toujours un enthousiasme sans faille ! Bref, pas facile d'y retrouver ses petits kangourous…

 

Les membres de Hoodoo Gurus —qui se nomme d'abord Le Hoodoo Gurus (!)— et qui ont tous fait leurs armes dans des groupes punk et protopunk de la scène de Perth, ont débuté avec une formation originale qui consistait en un alignement de trois guitaristes et d'un batteur, mais pas de bassiste !…

 

Clairement, le ton était donné et la guitare a toujours été l'épine dorsale de leur mélange survitaminé d'un rock volontiers psychédélique, mais toujours lyrique, puisant aussi une énergie punk du côté des groupes de Detroit. C'est ce line-up à trois guitares que l'on entend sur leur tout premier single, "Leilani", et c'est ce qui lui confère cette sonorité un peu tribale, qui les rapproche des Fleshtones et d'autres groupes de garage rock festif, un sous-genre dans le sous-genre alors particulièrement fringuant.

 

 

L'un des trois guitaristes (Kimble Redall, ex-XL Capris) quitte le groupe avant même la sortie de ce 45 tours originel, pour se consacrer à une carrière dans le cinéma (il travaillera plus tard comme réalisateur de seconde équipe, notamment sur les deux derniers Matrix ou encore I, Robot). Il est remplacé par le bassiste Clyde Bramley, des mythiques Hitmen et le groupe se stabilise peu après avec l'arrivée de Brad Sheperd (ex-Fun Things) en guitariste lead et le départ simultané de Roddy Radalj (anciennement des Scientists et prochainement du côté des Johnnys puis des Dubrovniks), qui voyait d'un mauvais œil la mainmise progressive de Dave Faulkner (chant et guitare, un ancien de The Victims, comme le batteur James Baker) sur les compositions, le son et l'esprit du groupe.

 

La paire Faulkner et Sheperd apporte immédiatement aux Gurus (qui viennent de lâcher le "Le" de leur patronyme) ce qui en fait la si particulière patte depuis lors, car le moins que l'on puisse dire est que ce groupe figure parmi les plus réguliers qui soient, qualitativement aussi bien que soniquement parlant, au même titre que leurs lointains cousins de Cheap Trick, par exemple. De fait, choisir les dix titres de la sélection du Goof du jour a été bien plus laborieux que d'écrire le présent article, c'est dire !…

 

 

L'alliage unique Hoodoo Gurus se caractérise par l'emploi répété d'un humour prompt à dérider les plus culs serrés des Homo Stupidus arpentant cette foutue planète (leurs clips sont souvent à se plier en quatre de rire), la mise en exergue d'un univers très culture trash US (leurs logos successifs, etc., en sont la preuve flagrante), une attirance pour les mélodies pop rock énergiques plus habilement troussées que leur trompeuse apparente facilité le laisse penser et, surtout, pour ce qui nous concerne, une exécution sans faille par des musiciens particulièrement soudés et complémentaires, et ce même après moult changements de line-up, car bassistes et batteurs vont subir un rude turn-over (bien que Rick Grossman et Mark Kingsmill en soient historiquement la charnière la plus fiable et fidèle).

 

De disque en disque, de club en club, le groupe va monter en puissance, s'affirmer, bénéficier aussi de meilleures conditions d'enregistrements, accéder au statut de formation culte puis devenir superstar en son pays, se voyant même intronisé au Hall of Fame australien, en juillet 2007.

 

Ainsi, si leurs compositions sont en tout point irréprochables, Blow Your Cool, le troisième album, est très nettement supérieur à Mars Needs Guitars (ce titre !), le second, qui lui même avait coiffé sur le poteau le premier, (Stoneage Romeos)

 

Même le petit hiatus auquel ils sont confrontés (entre 1998 et 2003) ne viendra pas à bout de leurs dépenses soniques sans jamais compter ou s'économiser et, pour résumer, vous pouvez piocher un peu n'importe quand dans leur histoire et leur discographie, rien n'est innocent, superficiel, ni à jeter chez les Gurus, même que le successeur à leur dernier album en date, Purity Of Essence, commence à sérieusement se faire attendre !…

 

 

 

Christophe Goffette

www.goofprod.com

 

 

 

 

Discographie : 

(Stoneage Romeos) (1984) **** 

Mars Needs Guitars ! (1985) **** 

Blow Your Cool ! (1987) **** 1/2

Magnum Cum Louder (1989) **** 1/2

Kinky (1991) **** 1/2

Crank (1994) **** 1/2

Blue Cave (1996) ****

Bite The Bullet (1998) ****1/2

Mach Schau (2004) ****

Purity Of Essence (2010) ****

 

 

 

 

 

 

 

 

La sélection du Goof :

  1. « Miss Freelove 69 » (single, 1991 + Kinky, 1991)

  2. « Tojo » (single, 1983 + Stoneage Romeos, 1983)​

  3. « Poison Pen » (single, 1985 + Mars Needs Guitars, 1985)​

  4. « Another World » (single, 1989 + Magnum Cum Louder, 1989) 

  5. « What’s My Scene ? » (single, 1987 + Blow Your Cool, 1987)

  6. « Less Than A Feeling » (single, 1994 + Crank, 1994)

  7. « Down On Me » (single, 1996 + Blue Cave, 1996)

  8. « 1000 Miles Away » (single, 1991 + Kinky, 1991)

  9. « Crackin’ Up » (single, 2010 + Purity Of Essence, 2010)

  10. « Chop » (Mach Schau, 2004)

 

Déjà paru :

Bang

 

À lire et écouter ces prochains jours :

Steve Marriott (10 et 11/10), The Del Lords (12/10), Cheap Trick de Cheap Trick (13/10), No More No Less de Blue Ash (14/10), Cactus (15/10), London Cowboys (16/10), Fleetwood Mac (17 et 18/10)…

 

À suivre (dans le désordre et entre autres) ces prochaines semaines :

Blodwyn Pig, The Smithereens, Wild Turkey, Atomic Rooster, Chris Spedding, Peer Gunt, Lou Reed, Fleetwood Mac, Les Thugs, Adam & The Ants, The Greatest Show On Earth, Mother Tongue, Les Shériff, Little Bob, Todd Rundgren, Captain Beyond, Kak, Dramarama, The Hitmen, Steve Wynn, Titanic, Louie & The Lovers, The Rave-Ups, Webb Wilder, Fixed Up, Kid Pharaon, Frank Zappa, Sharks, Joe Satriani, Big Country, The Wallflowers, Kashmir (le groupe danois), Jason & The Scorchers, Balaam and the Angel, The Gods, Mother Superior, Georgia Satellites, Blackfire, The Rainmakers, BoDeans, UFO, Tucky Buzzard, The Unforgiven, Tempest, Television, Modern Lovers, The Primevals, Freedom, DMZ, Grant-Lee Buffalo, Jellybread, High Tide, Black Pearl, Guadalcanal Diary, The Proclaimers, John Hiatt, Mother Superior, Jeronimo…

 

À venir également sur Radio Perfecto :

— 13/10 : retransmission du concert de The Inspector Cluzo depuis le 106 de Rouen ;

— 10/11 : retransmission du concert de Little Bob & The Blues Bastards depuis le Magic Mirrors du Havre.

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